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La 6 G est déjà là !

Le secteur télécom ne pense déjà plus qu’à la 6G.

Alors que la 5G fait l’actualité et devient progressivement une réalité pour les utilisateurs, le développement de la 6G bat déjà son plein. Freinant la poussée technologique, le débat public se concentre sur l’éventuelle nocivité des ondes. Face à cette question de santé publique, d’autres enjeux de la communication sans fil pourraient passer au second plan. La question de la souveraineté numérique est pourtant essentielle quand on constate que le seul acteur du marché qui maîtrisera tous les aspects techniques de la 6G pourrait être chinois.

La mobilité en tant que service (MaaS) s’appuie sur les données. Elle est donc demandeuse de transmission sans fil pour faire vivre l’Internet des objets (IoT) sur lequel elle s’appuie. L’évolution des réseaux numériques de téléphonie sans fil est coordonnée depuis 1998 par le 3GPP (3rd Ge- neration Partnership Project) chargé d’orga- niser la coopération entre les organismes de normalisation des télécommunications. On y trouve les développements successifs extrapolés à partir des normes mobiles de la famille GSM, y compris 4G et 5G, sigles correspondant aux quatrième et cinquième générations. En 4G, les débits pratiques par utilisateur sont de l'ordre de 10 Mbit/s (600 Mbit/s en cas extrême). Ils dépendent du nombre d'utilisateurs actifs présents dans une même cellule radio puisque la bande passante est partagée entre les terminaux des utilisateurs.

Le passage à la 5G augmente la fiabilité des télécommunications, réduit le temps de latence et augmente le nombre de connexions simultanées par surface couverte. Ces trois points prédisposent la 5G à la multiplication des objets connectés et créent un contexte favorable au développement de nouveaux échanges, par exemples entre véhicules (V2V) ou entre véhicules et infrastructures (V2I) pour les systèmes de conduite déléguée. À l’extrême, tout objet devient "objet connecté" et participe à créer un environnement intolérable pour les personnes électrosensibles. L’échange de données étant consommateur d’énergie, la création de ce monde connecté participe au réchauffement climatique. Les polémiques sanitaires et environnementales sont donc nombreuses avant même d’envisager les conséquences géopolitiques.

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Le bond technologique depuis la 5G vers la 6G nécessite la maîtrise des technologies terahertz.

LA DEMANDE D’UN DÉBAT CITOYEN À PROPOS DE LA 5G

Auparavant, le débat sur le numérique se concentrait sur son efficacité et sur les volumes de données à traiter et à stocker. Lorsque la 5G a été développée, elle était présentée comme un moyen d’économiser de l’énergie. Ce point de vue a été révisé et cet argument ne peut plus être mis en avant. En induisant un enrichissement des services, la 5G augmente le volume de communications et provoque une augmentation de la consommation d’énergie. L’im- pact environnemental de la 5G, à la fois sur le plan énergétique et au niveau du matériel sont importants. "La demande citoyenne de débat par rapport à la 5G est très forte. Il faut donc s’accorder quelques mois de dé- bats, pour aborder la sobriété numérique. L’économie circulaire et le recyclage du matériel font partie de ce débat" rappelle Cédric Villani, mathématicien, député et président de Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).

Pendant que le débat public français constate la gabegie matérielle et énergétique qui accompagne le déploiement de la 5G et sa contradiction vis-à-vis de la lutte contre le réchauffement climatique, le prochain bond technologique s’annonce à grands pas.

LA 6G EST ATTENDUE À L’HORIZON 2028-2030

La 6G n’est pas encore normalisée par le 3GPP, mais ses promesses sont déjà claires. Il s’agit encore une fois de réduire la latence et la consommation d’énergie tout en augmentant à la fois la fiabilité, le débit de données et la densité de terminaux supportée. La 6G vise une latence de 0,1 ms contre 1 ms en 5G et un débit pratique par terminal pouvant atteindre 1 Gbits/s en 6G alors que la 5G trouve ses limites pratiques vers 0,1 Gbits/s.

Selon Samsung, la 6G arrivera sur le marché en 2028. Si la tendance se confirme, Huawei sera l’unique acteur mondial capable de déployer tous les volets de la technologie 6G. L’émergence de cette nouvelle technologie assure aux industriels l’apparition d’un marché de renouvellement fondé sur la fuite en avant vers toujours plus de débit. Selon Cédric Villani, "Pour la 5G, on peut s’interroger sur la capacité des acteurs européens à faire aussi bien que Huawei. Pour la 6G, il n’y a déjà plus de débat".

"Augmenter la densité d’objets connectés par surface est l’un des objectifs de la 5G et de la 6G "

DES ALLIANCES FACE À L’HÉGÉMONIE CHINOISE ANNONCÉE

Le 13 octobre 2020, les industriels américains des télécommunications créaient la "Next G Alliance" (ou ATIS, Alliance for Telecommunications Industry Solutions) pour tenter de reprendre d’initiative à l’horizon 6G. Normalisation, spécifications techniques et fabrica- tion des équipements ainsi que déploiement opérationnel de la 6G comptent parmi les objectifs d’ATIS. Les européens Ericsson et Nokia ainsi que les coréens LG et Samsung sont associés à ATIS qui réunit avant tout les poids lourds américains du secteur dont Apple, AT&T, Cisco, Facebook, Google, Intel, Microsoft, Qualcomm, T-Mobile, Verizon ou VMWare.

Moins d’un mois après la constitution de cette coalition antichinoise officieuse où les GAFAM occupent une position de premier plan, la fusée chinoise Longue Marche 6 (CZ-6) mettait sur orbite le 6 novembre 2020 le premier satellite expérimental Tianyan 05. Il est chargé d’explorer les communications dans la bande terahertz (0,1 à 10 THz) alors que la 5G fonctionne dans la bande gigahertz. Autre symptôme du décollage de la dynamique 6G, le projet Hexa-X a été lancé avec un financement de la commission européenne le 8 décembre dernier. On y retrouve les équipementiers Ericsson (Suède) et Nokia (Finlande) ain- si que les opérateurs Orange (France) et Telefonica (Espagne). Hexa-X doit orienter les développements futurs de la 6G. L’en- jeu est d’éviter à l’Europe de subir excessivement des dominations technologiques extra-européennes.

Il y a trente ans, les Européens ont réussi seuls à faire entrer la téléphonie mobile dans l’ère numérique avec le GSM (2G) dont la nouvelle fonction emblématique était le texto.

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Huawei pourrait être le seul acteur du marché capable de maîtriser l’ensemble des briques technologiques nécessaires à la 6G.

HUAWEI INQUIÈTE

Pour leurs équipements 5G, les opérateurs Bouygues et SFR ont été tentés de s’équiper en matériel Huawei. Or celui-ci est interdit dans les zones denses, y compris à Paris, et sur les sites stratégiques. Cette situation donne une idée de la méfiance que suscite cet équipementier chinois. Selon un ingénieur de Nokia, toutes les clés de cryptage de Huawei sont mises à la disposition du renseignement chinois. Si Huawei préoccupe, c’est aussi en raison de la place que conquiert la Chine sur la scène internationale, tant sur les plans diplomatique, économique, technologique que stratégique. La Chine devrait être la première puissance économique mondiale en 2028.

Le contrôle de nos données ne naît pas avec l’arrivée de Huawei en tête des fournisseurs d’équipements de communication. Les systèmes d’écoute sont déjà innombrables et sont pour beaucoup opérés par des alliés de la France. Bullrun, Carnivore, Dishfire, Eche- lon, Fairview, Frenchelon, Mystic, Pinwale, Prism, Rampart-A, Sorm, Stingray, Stone Ghost, Tempora et bien d’autres comptent parmi ces réseaux chargés de surveiller nos échanges. La montée en puis- sance de la technologie chinoise en général et celle de Huawei en particulier inquiètent, mais elles ne sont pas les premières à provoquer une perte de souveraineté française.

"Des alliances américaines et européennes tentent d’éviter une domination trop massive des acteurs chinois à l’horizon 6G "

LES AMÉRICAINS TRAVAILLENT AUSSI À NOS PERTES DE SOUVERAINETÉ

L'extraterritorialité du droit américain étendue à toutes les tran- sactions réalisées en dollars, voire à toutes les négociations ayant utilisé un compte Gmail pour leurs échanges, rappelle qu’un "allié" peut agir de façon draconienne, despotique et destructrice contre les intérêts français. Alstom est l’une des entreprises qui a le plus souffert des manœuvres américaines. Elles sont avérées dans le cadre hautement stratégique de la cession du département énergie d’Alstom à General Electric.

Redoutée, la perte de souveraineté provoquée par une 6G sous tutelle chinoise ne doit pas faire oublier les autres pertes de sou- veraineté et notamment celles orchestrées par le droit américain hors des frontières états-uniennes. Les opérateurs et industriels eu- ropéens doivent aujourd’hui tenter de maîtriser autant de briques technologiques que possible parmi celles nécessaires à la 6G.

Il y a trente ans, en 1991, l’Institut Européen des Normes de Télé- communication (ETSI) réalisait les premières communications GSM (2G) qui marquaient le passage au numérique de la téléphonie sans fil. Aujourd’hui, il n’est guère envisageable que les acteurs euro- péens du secteur soient en mesure de créer et de déployer seuls la future technologie de communication entre appareils mobiles.

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