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 Entretien

"Malgré une augmentation des capacités de formation, on dénombre 10 000 postes de conducteurs non pourvus"

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Propos recueillis par Justin BOCHE

Besoins de chauffeurs, formation, adaptation aux contraintes sanitaires... Loïc Charbonnier, PDG de l'AFTRAL, et Gwenaëlle Moubarak, responsable commerciale grands comptes en charge des voyageurs, font le point sur l'actualité de la formation dans le transport de voyageurs.

Mobily-Cités : Quel impact a eu le Covid sur le transport de voyageurs ?
Loïc Charbonnier : Il y a une sorte de paradoxe au niveau du notre secteur. Il a à la fois été très impacté par la crise du Covid avec une activité fortement ralentie pour tous ceux qui intervenaient dans la partie touristique et les transports scolaires. Mais quand la situation s'est calmée, on a très vite été confrontés à un manque de conducteurs. A la rentrée 2021, des services n’ont pas pu être assurés et chez les transporteurs, l’intégralité des équipes essayait de compenser pour assurer l’offre au maximum. Cette pénurie s'est traduite au niveau de la formation par une très forte pression au niveau des besoins, et nous avons pris des mesures pour augmenter nos capacités. Nous avons mobilisé une trentaine d'autocars contre 10 en temps normal. A cette occasion, nous avons procédé à l’acquisition de nos premiers cars au bio-GNV, pour avoir des véhicules de formation qui correspondent au parc des entreprises. Nous avons aussi recruté des formateurs et renforcé notre équipe de chargés de recrutement présents sur les territoires, qui ont pour but d'assurer le lien avec la profession et les organismes comme Pôle emploi ou les missions locales. On assiste à une sorte d'inversion du marché de l'emploi. Et malgré des difficultés très importantes à trouver des candidats, on n'a jamais autant formé autant de conducteurs. Un total de 5 000 nouveaux conducteurs ont été formés cette année.

Et côté sanitaire ?
Nos outils de formation ont été adaptés aux contraintes sanitaires, mais ce n'est pas un chamboulement majeur. Les chauffeurs ont des consignes à appliquer dans les cars, ces consignes évoluent d'ailleurs selon les mois en fonction de la situation sanitaire.

Beaucoup de salariés ont-ils quitté la profession ?
Oui et ça s'est couplé avec le fait que d'autres secteurs économiques ont manifesté des besoins importants. Il y a pu avoir un appel d'air, notamment pour des conducteurs à temps partiel qui ont préféré se tourner vers d’autres métiers comme le transport marchandises, mais aussi d'autres secteurs pour augmenter leur revenu et leur temps de travail. Cette situation suscite beaucoup de débats sur les mesures à prendre pour fidéliser les conducteurs.

Quelles sont les premières mesures adoptées pour enrayer la pénurie ?
Gwenaelle Moubarak : Il faut saluer l’action de la FNTV, qui a œuvré pour l’abaissement à 18 ans de l'âge minimum requis pour le passage du permis D. Ça va donner une véritable bouffée d’oxygène à la profession. Reste bien sûr à convaincre qu'à 18 ans, on n'est pas trop jeune pour conduire des personnes. Le secteur va donc travailler à faire disparaître certains préjugés. Le transport de marchandises a réussi à le faire, pourquoi pas nous ? Ils ont montré qu’à 18 ans, on peut conduire un camion de matières dangereuses en étant très performant.
Loïc Charbonnier : Ce succès se couple avec une sorte de libéralisation des formations en apprentissage qui s'adressent à des publics plus jeunes. Sur les neuf premiers mois d'application, 150 jeunes ont déjà été formés. C'est un succès encourageant. L’apprentissage est très apprécié pour sa souplesse. Il n’est pas lié au calendrier de l'éducation nationale, et beaucoup d'entreprises ont eu recours à cette voie pour recruter. En général, quand quelqu'un choisit ce type de formation, c'est par vocation, donc on peut s'attendre à ce que la personne en fasse sa carrière. Mais il ne faut pas proposer à ces jeunes de devenir conducteur en période scolaire (CPS), parce qu’ils veulent travailler et avoir des revenus qui permettent de subvenir à leurs besoins.


Quels sont les besoins de la filière actuellement ?
Loïc Charbonnier : On dénombre près de 10 000 postes non pourvus. C'est critique. Et l’on ne sait pas trop comment inverser la tendance à court terme, même si l’on est capable de mettre en lien une personne avec une entreprise qui a besoin de recrutement. Parallèlement, nous effectuons un travail de terrain avec les acteurs de l'emploi, et l’on se tourne vers de nouveaux publics.

Gwenaelle Moubarak : Nous avons par exemple créé des groupes de travail auprès des personnes réfugiées ou porteuses de handicap. Une adaptation du poste de travail permet en effet à une personne en situation de handicap de devenir conducteur.
Dans la région de Rennes, nous avons ainsi formé un conducteur amputé des membres supérieurs, qui travaille aujourd’hui dans une entreprise de transport interurbain. Plus de 300 personnes en situation de handicap ont suivi un parcours de formation en Bretagne via un dispositif qui va être déployé sur toute la France. Concrètement, les personnes viennent passer des tests pour définir les adaptations nécessaires à leur poste de travail. Une fois que le dossier est validé, on peut faire entrer la personne en formation.

En plus de l'achat de matériel roulant, vous avez investi dans des simulateurs. Est-ce l'avenir de la formation ?
Loïc Charbonnier : Un simulateur ne remplacera jamais la conduite dans des conditions réelles de circulation. Mais ces simulateurs sont intéressants sur 20% du temps de formation de conduite. En début de formation, ils permettent de prendre rapidement en main le véhicule, comprendre son gabarit, les vitesses différentes, certaines manœuvres. Ensuite, les stagiaires passent sur le véhicule en situation réelle avec déjà davantage d'expérience que quelqu'un qui ne connaîtrait pas l'environnement du poste de conduite. À la fin, on reprend le simulateur sur des situations critiques : conduite sur verglas ou en montagne, cas de collision... Ça apporte un perfectionnement. Le bilan pédagogique est donc très positif. Le simulateur permet aussi de réduire la consommation de carburant des véhicules-école, donc l’impact environnemental est positif. Bien sûr, on n’arrive pas aux 80% de simulateur effectués par les élèves-pilotes dans l’aérien, mais une proportion de 25% paraît intéressante pour les conducteurs de bus et cars.

 

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