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Vers la mobilité décarbonnée : des scénarios et des inquiétudes

Les analyses prospectives proposées par France Stratégie, le Forum Vies Mobiles, la Fabrique de la Cité et l’Institut Montaigne pointent à la fois l’exigence des trajectoires à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs de neutralité carbone et les difficultés sociales qu’elles impliquent.
Si l’opinion est désormais sensibilisée aux urgences climatiques, les experts alertent sur l’acceptation sociale de certaines décisions liées à la démobilité ou aux évolutions de tarification.

"Notre cap, nous le connaissons : c’est la neutralité carbone des transports d’ici 2050. Nous savons où nous devons aller ; il nous reste à définir comment", écrit Jean-Baptiste Djebbari, ministre en charge des Transports, en introduction du rapport de prospective établi par France Stratégie et le CGEDD . "Par où commencer ? Assurément, l’électrification de notre parc automobile doit être notre première priorité. L’avenir de la voiture sera électrique, et la France a de grandes ambitions en la matière", indique-t-il. "Néanmoins, ce ne sont pas seulement nos véhicules qu’il convient de changer, mais aussi nos habitudes. Il nous faut tendre vers plus de sobriété : faire plus de place aux mobilités actives, favoriser les transports en commun, autant pour les courtes que les longues distances, et poursuivre nos efforts de report modal pour le transport de marchandises, grâce au fret ferroviaire et fluvial", poursuit-il.
Le groupe d’experts en charge du rapport a établi sept scénarios construits selon deux principaux déterminants : les évolutions technologiques et les comportements. Cinq de ces scénarios relèvent d’une logique de forecasting, c’est-à-dire qu’ils ne prennent pas l’objectif de neutralité carbone comme une donnée d’entrée :

 

• Le scénario "ambition de base" intègre l’ensemble des mesures et objectifs décidés aujourd’hui. Les progrès technologiques y sont importants et les comportements plutôt parcimonieux. C’est donc un scénario plus ambitieux qu’une prolongation des tendances
actuelles.


• Les scénarios "poussée de sobriété" et "poussée de technologie" considèrent l’un davantage d’efforts en termes de sobriété et l’autre des avancées technologiques plus marquées.


• Le scénario "hypercontraint" fait l’hypothèse qu’en l’absence d’amélioration technologique probante, les contraintes d’usage sont fortement renforcées.


• Le scénario du "pire climatique" allie de faibles progrès technologiques et une faible évolution des usages.

Deux autres scénarios ont été construits dans une logique de backcasting à partir de l’objectif de neutralité carbone "complète" en 2060, l’un jouant davantage sur les leviers technologiques ("pari technologique"), l’autre sur les leviers comportementaux ("pari sociétal"). Le scénario "pari technologique" retient les mêmes hypothèses technologiques que le scénario "poussée de technologie", mais avec davantage de sobriété. Le scénario "pari sociétal" retient les mêmes hypothèses technologiques que les scénarios "ambitions de base" et "poussée de sobriété", mais est beaucoup plus volontariste que tous les scénarios de forecasting en termes
de sobriété. Le scénario "ambition de base", affiche une baisse de 59 % de son empreinte carbone par rapport à 2018 (à 122 MtCO2). Cette baisse serait obtenue malgré une forte progression des déplacements, des ménages comme des marchandises (respectivement + 64 % et + 50 %). Seuls les deux scénarios de backcasting atteignent (par construction) la neutralité carbone en empreinte à horizon 2060).

Apaiser les trajets domicile-travail

Le think tank Forum Vies Mobiles a choisi de donner la parole aux Français pour mieux connaître leurs aspirations en termes de modes de vie et de mobilité. 120 citoyens issus de quatre territoires différents (Pays de la Loire, Grand-Est, Île-de-France, La Réunion) ont ainsi participé à une série d’ateliers organisés à l’été 2021. Ils ont ainsi défini trois grandes priorités :
• pouvoir vivre hors des grandes villes
• apaiser les trajets liés au travail
• donner plus de pouvoir aux citoyens


Dans le détail, leurs propositions appellent à s’intéresser aux conditions de vie dans les petites villes, les banlieues, les villages, les périphéries... elles visent à renverser la tendance à l’éloignement des commerces, des services publics, des médecins ou encore des activités culturelles et à y développer des transports alternatifs à la voiture. Les habitants de grande couronne francilienne proposent la création d’un réseau de transports routiers décarbonés, partagés et multimodal, associant des lignes de cars express et des modes actifs.


L’expérience la mieux partagée entre les actifs est celle de la perte de temps, de la fatigue et du stress associés aux trajets liés au travail : les citoyens appellent à trouver des solutions pour apaiser ces trajets, en les rendant moins longs, moins fréquents et moins polluants. La crise sanitaire et l’expérimentation du télétravail par un tiers des actifs en France font bouger les lignes : les entreprises et les pouvoirs publics s’empareront-ils enfin de la question de la réduction des trajets liés au travail ?


Les Françaises et les Français aspirent à être plus écoutés et impliqués dans les décisions qui impactent leurs vies. Cela passe d’abord par la prise en compte de la diversité de leurs modes de vie pour élaborer les politiques publiques (en matière d’aménagement de l’espace, d’horaires des services publics, ...), pour penser l’organisation du travail (en matière de lieux, d’horaires, en fonction des moments de la vie...) mais implique aussi de leur donner les moyens de comprendre, choisir et agir. Une voie réservée aux transports en commun sur l’A48, près de Grenoble.

NÉCESSITÉ D’UN DÉBAT DE SOCIÉTÉ


Le rapport alerte sur un certain nombre de difficultés à venir, à commencer par l’acceptabilité des mesures à prendre. "La neutralité carbone complète ne peut être atteinte qu’en associant une plus grande sobriété d’usage (voyageurs et marchandises) aux progrès technologiques : mobilités actives, covoiturage, mutualisation et massification, réduction du nombre et de la longueur des parcours, report modal et développement de la qualité de service et de la fréquentation des transports collectifs.... Il n’est pas acquis que les évolutions de comportement d’usage, dont la nécessité même n’est pas encore totalement partagée, résultent spontanément d’une démarche collective de ‘sobriété heureuse’, qui s’étendrait progressivement à l’ensemble de la société. Le système de transport à terme pourrait donc reposer sur la mise en place de signaux économiques et sur un degré renforcé d'organisation et de coordination, pouvant inclure des restrictions par des instruments d'action publique", écrivent les auteurs.

"L’adhésion des Français à ce projet est l’enjeu le plus délicat", souligne le rapport. "Elle repose sur la prise en compte de la diversité des univers de choix (l’accessibilité réelle des alternatives) et sur la mise en place simultanée, voire préalable, des mesures d’accompagnement nécessaires, en faveur en particulier des premiers déciles. Les plus riches, qui émettent plus et pour lesquels les choix sont plus ouverts, doivent s’attendre à être appelés à contribuer proportionnellement plus aux efforts. Cette adhésion ne pourra cependant être véritablement obtenue qu’à l’issue d’un débat de société, bénéficiant de toute l’information possible et permettant à chacun d’envisager son devenir dans le cadre de cette transition.

Optimiser le système routier

Pour la Fabrique de la Cité, think tank soutenu par Vinci, la réalisation des objectifs bas carbone passe par la route et l’autoroute. "Le discours politique entretient l’appétence pour la rénovation des petites lignes ferroviaires, et dans tous les sondages, le développement des transports en commun est la solution plébiscitée par les Français. L’autoroute, qui représente 1% du réseau routier mais concentre 30% du trafic, conserve une image de grand ennemi de la mobilité bas carbone. Pourtant, c’est là que réside le potentiel le plus important, à des coûts abordables puisque l’infrastructure est déjà construite", déclare Alphonse Coulot, co-auteur d’une étude en deux volets, qui interroge le rôle de l’Etat dans l’accompagnement de la transition. La Fabrique de la Cité y propose deux grands axes d’intervention afin de mobiliser les ressources d’un Etat catalyseur, afin d’impulser la dynamique de conversion (innovations, développement des bornes de charge, soutien au rétrofit...), et d’un Etat providence, à même de corriger les inégalités liées au déploiement de l’électromobilité.


La décarbonation des transports routiers va s’accompagner d’un renchérissement des coûts de l’énergie, et dans certains cas d’une tarification des déplacements individuels. La Fabrique de la Cité soutient le développement de réseaux de transports collectifs routiers complémentaires au mass transit urbain, avec des lignes de cars express sur voies dédiées en Ile-de-France et autour des grandes villes. "La plupart des habitants du périurbain ne peuvent pas se passer de leur voiture. Le développement de hubs d’intermodalité aux entrées des grandes villes doit permettre de capter les flux entrants. Reste le gros sujet des flux internes à la périphérie, où la voiture est reine", souligne Alphonse Coulot.
Au-delà de la mise en place de solutions concrètes de déplacements alternatives à la voiture individuelle, "nous travaillons sur les modalités d’une taxe carbone socialement acceptable, notamment via un projet de compte Transition Mobilité, similaire au système
de cotisation retraite, dans lequel les ressources sont clairement fléchées vers le soutien aux déplacements décarbonés. Chacun saurait ainsi à quoi servent ses cotisations et à quoi elles lui donnent droit", précise Alphonse Coulot

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