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Accident d’un FlixBus en 2019: le BEA-TT pointe la chaîne de sous-traitance



De la musique dans les oreillettes, la conductrice s’engage par erreur sur une bretelle de l’A1. Lancée trop vite, elle freine et vire brusquement dans la courbe. L’autocar se renverse et un passager finit coinçé entre le véhicule et le sol. Bilan: 22 blessés, dont un qui a perdu l’usage de ses jambes et de ses bras. Tel est le scénario de l’accident d’un autocar FlixBus arrivé le 3 novembre 2019 sur une ligne Paris-Londres. Dans son rapport d’enquête publié fin mars, le Bureau enquête accident - transport terrestre (BEA-TT) décortique l’envers de cette ligne d’autocars «Macron» dont l’organisation révèle «un manque de maîtrise de la sécurité et une dilution des responsabilité». Qualifiée de plateforme, «réglementairement, la société FlixBus est bien une entreprise de transport» qui a sous-traité à un autocariste (dont le nom n’est pas cité), et pour lequel les enquêteurs ont des mots durs.

«Le contrôle technique n’était plus valide le jour de l’accident», pointent les enquêteurs. «Des défaillances majeures portant sur l’état du pare-brise et du rétroviseur du milieu, et sur l’usure prononcée du pneumatique avant droit avaient été constatées.» Au lieu de changer celui-ci, l’autocariste l’intervertit avec un pneu du train arrière. A qui la faute? A FlixBus, qui ne fixe pas de vraies obligations? A l’exploitant du car, qui se défausse? A la conductrice, qui n’a pas vérifié les papiers du véhicule? «Tout semble se passer comme si chacun s’engage, sans qu’il n’y ait aucune procédure interne de contrôle, ou alors, très peu», juge le BEA-TT, qui pointe les dangers de l’uberisation. La conductrice, ex-salariée, travaillait sous statut d’auto-entrepreneur. Outre la conformité du véhicule, elle devait s’assurer elle-même qu’elle respecte la réglementation sociale européenne et se rappeler que le port d’oreillettes est interdit en conduite. «Le souci d’éviter la requalification de la prestation de conduite en contrat de travail, semble […] conduire à ce que l’entreprise sous-traitante de FlixBus s’interdise d’exercer un contrôle qualité vis-à-vis des conducteurs indépendants auxquels elle a recours, et encore moins une quelconque supervision.» Le coup a été rude.

Interrogé par Mobily-Cités, le transporteur Flixbus reproduit la réponse apportée au BEA-TT, qui le met face à ses responsabilités en matière de sécurité. «Flixbus conduit des vérifications mensuelles des véhicules en opération, signale celui-ci. Environ 20% de la flotte est soumise aléatoirement à ces contrôles chaque mois.» La société ajoute que «chaque infraction au contrat et à la réglementation relevée […] est remontée à nos partenaires, qui doivent se conformer aux exigences de FlixBus en termes de résolution, sous peine de remise en compte du contrat de partenariat.» La filiale française signale que sa maison-mère a tiré les leçons de ce dérapage. «FlixMobility établit actuellement un système de gestion de la sécurité applicable aux opérations de son réseau mondial.»

Marc Fressoz



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