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En Bretagne, Siemens fait vibrer les Rennais sur la nouvelle ligne de métro automatique



Aussi performant qu’… inconfortable: c’est le premier sentiment que donne le nouveau métro automatique sur pneu qui parcourt les 14 km de la seconde ligne rennaise en une vingtaine de minutes. Celle-ci est ouverte depuis le 20 septembre. La rame accélère sec, circule à une vitesse de croisière de 67 km/h, peut monter à 80km/h mais à l’intérieur, il faut vraiment s’accrocher aux barres verticales, car il vibre énormément. Par comparaison, on a l’impression de glisser sur un tapis volant sur la “vieille“ ligne A qui tourne depuis 20 ans. Pour une infrastructure qui a coûté au total 1,3 Md€ dont quelque 260 M€ pour le matériel roulant, on pouvait s’attendre à mieux sur le plan du confort.

«Il y a encore des mises au point à réaliser avec l’exploitation, ce qui n’est pas inhabituel en phase de démarrage», répond Laurent Bouyer, le président de Siemens Mobility France, heureux de partager à Rennes «une première mondiale». Le constructeur étrenne en effet «la nouvelle famille de Val, le NéoVal», un ensemble clé en main comportant les rames, les automatismes, la signalisation, CBCT, voie etc. Par rapport aux précédents Val, le gain de consommation est de 15%.

Les adaptations pourront-elles tout arranger ? Pas certain. «Contrairement au Val de la ligne A, les pneus du Néoval roulent non pas sur de l’acier mais sur une voie en béton, qui n’est pas totalement lisse à certains endroits, explose Xavier Tirel, directeur général de la Société d'Économie Mixte des Transports Collectifs de l'Agglomération Rennaise (SEMTCAR). Le guidage également est différent. Il se fait par un rail central à l’aide d’un galet», ajoute-t-il. L’exploitant Keolis, qui craint des faiblesses, attend d’ailleurs du constructeur qu’il renforce cette pièce. Avec son dernier né, Siemens a choisi d’adapter à un métro la technologie du tram sur pneu Translohr, très sujette à caution, dans une optique d’économies. Lors de l’appel d’offre, face à Bombardier, le constructeur avait proposé deux options: un Val classique et ce NéoVal, plus capacitaire, sur lequel ont parié les élus.

Ce choix est aujourd’hui source de tension avec Siemens. Comme c’est très souvent le cas, le métro a ouvert avec retard en raison de problèmes de délais de fabrication et de réglages des automatismes. Mais 18 mois, c’est beaucoup. «Le constructeur a dépassé les 20% de surcoûts prévus au contrat, et nous lui réclamons de pénalités», affirme Matthieu Theurier, vice-président EELV de Rennes Métropole délégué à la Mobilité et aux transports. La maire et présidente de la métropole, Nathalie Appéré, a fixé «à 40 M€» le montant des indemnités dues par Siemens. Pour l’instant, aucun contentieux n’est engagé.

Ces différends en coulisse n’ont pas gâché la fête inaugurale. Très attendue, la ligne B qui dessert notamment le campus universitaire était déjà bondée. Il faut dire qu’elle place 73% des Rennais à 600 m d’une station contre 40% pour la ligne A. Belles et accueillantes, les stations, toutes différentes, sont une vraie réussite. Avec quelque 90 000 personnes le premier jour (certes, l’accès était gratuit) pour «110 000 voyages quotidiens attendus» indique la métropole, ce seuil ne semble pas loin. Avec un intervalle de 2’15 en pointe qui peut être abaissé, et l’ajout d’une troisième voiture sur chaque rame (179 places actuellement), il y a encore de la marge, mais ce n’est pas encore pour tout de suite.

Marc Fressoz