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Ile-de-France Mobilités menace d’exclure Alstom des prochains appels d’offre



Il n’y a presque que du bleu pâle et du gris dans les usines Alstom du Valenciennois. Que ce soit sur les chaînes de Crespin (ex-fief de Bombardier France), à Petite Forêt, ou bien à l’extérieur, on voit pléthore de matériels roulants aux couleurs d’Ile-de-France Mobilités: métro MP 14, RER NG, métro du Grand Paris Express, tram-train. «Nous représentons 10% du carnet de commandes d’Alstom», a rappelé Valérie Pécresse devant les salariés de Petite Forêt et les dirigeants d’Alstom, le PDG Henri Poupart-Lafarge et le patron France, Jean-Baptiste Eymeoud. Le 22 novembre, la présidente de la Région a emmené dans le nord une délégation d’administrateurs d’Ile-de-France Mobilités, histoire de mettre la pression sur son fournisseur, soupçonné de parfois privilégier dans son calendrier de livraison des clients lointains.

«Nous sommes au taquet pour Ile-de-France Mobilités, nous ne pourrions pas faire plus», assure Henri Poupart-Lafarge. Dans le couple Alstom-IdFM, le paroxysme de la crise semble passé. Il y a eu beaucoup de vaisselle brisée lorsqu’au premier semestre, le client a été mis devant le fait accompli d’importants dérapages. En septembre, l’état-major d’Alstom a dû venir s’expliquer devant les élus et s’engager sur des calendriers recalés, contrôlés. Les confinements successifs, la crise des approvisionnements ont beaucoup pesé sur le dérapage. Mais l’amour vache n’est jamais loin. Pour les prochains appels d’offre qui seront lancés comme celui du RER C, Ile-de-France Mobilités a décidé d’instaurer «une clause de loyauté» qui vise implicitement le géant du ferroviaire.

En clair, si ce dernier exagère sur les délais de livraison des commandes actuelles, il sera automatiquement exclu, explique une élue d’IdFM citant d’autres fournisseurs possibles (CAF). L’idée a été soufflée par le représentant de la FNAUT au conseil d’administration, Bernard Gobitz. Le pourcentage de pénalités fixé dans les contrats, actuellement de seulement 3%, pourraient être réhaussé. Reste à savoir si cette clause, qui fait office de moyen de pression, sera réellement inscrite.

La présidente de la région Ile-de-France a cherché à instrumentaliser sa visite chez Alstom dans le cadre de son bras de fer avec l’Etat sur le financement des dépenses de fonctionnement en 2023. Pour combler un trou de 750 M€, elle réclame une hausse du versement mobilité et une TVA réduite à 5,5%, qui ne viennent pas. «Je ne sacrifierai pas les investissements, les Franciliens auront leurs nouveaux trains.» En clair, l’autorité organisatrice peut continuer de payer ses investissements, mais elle pourrait réorienter les fonds consacrés aux investissements vers le fonctionnement. A l’évidence, l’exécutif semble chercher à affaiblir politiquement la présidente de la Région, ex-adversaire d’Emmanuel Macron à la présidentielle. Le 7 décembre, IdFM votera une hausse du prix du pass Navigo. Dans quelles proportions?

Marc Fressoz