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Jean Castex, Premier ministre de la RATP



En septembre, il était passager d’une rame de métro RATP, en octobre il prend avec surprise les commandes de celle-ci. Proposé par Emmanuel Macron pour devenir PDG de l’établissement public, l’ex-Premier ministre a passé une première étape en obtenant, le 18 octobre, le feu vert de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), qui examine les risques de conflits d’intérêts. Cette autorisation est toutefois assortie de conditions qui promettent des situations assez surréalistes. Pas question pour Jean Castex de rencontrer ses ex-ministres, comme Clément Beaune (Transports), Élisabeth Borne (cheffe du Gouvernement), Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique), Bruno Le Maire (Bercy). Ceci afin d’éviter toute tentation de lobbying pro RATP, qui fausserait la concurrence avec Transdev ou Keolis. En revanche, il pourra discuter avec un néo-ministre, Christophe Béchu (Transition écologique), tutelle de Clément Beaune.

Pendant trois ans, écrit la HATVP, «Monsieur Castex devra (…) s’abstenir de toute démarche, y compris de représentation d’intérêts, auprès des membres du Gouvernement en exercice qui l’étaient également lorsqu’il était Premier ministre ainsi que des membres de son cabinet qui occupent encore des fonctions publiques». Rien ne l’empêchera cependant d’envoyer des émissaires discuter avec les ministres sur lesquels il avait autorité. Naturellement, comme président du conseil d’administration, il côtoiera les représentants de Bercy et du ministre des Transports qui y siègent. Bref, cela promet un jeu d’équilibriste.

Dernière formalité, avant d’être intronisé, Jean Castex passera devant les parlementaires. Avec son penchant pour les transports collectifs (particulièrement pour la SNCF), il n’arrive pas en terrain inconnu. Visitant longuement le salon des transports publics en juin, après son départ de Matignon, il y avait été accueilli par son ex-conseillère sociale, Florence Sautejeau, devenue déléguée générale de l’UTP.

Son profil marque un changement évident par rapport à Catherine Guillouard. Il s’inscrit dans la veine des PDG politiques, comme Anne-Marie Idrac, Pierre Mongin, ou Elisabeth Borne, qui n’ont jamais géré une entreprise auparavant. Ce natif du sud-ouest va devoir rassurer les agents de la RATP, l’entreprise sortant mal en point de ces dernières années (dysfonctionnements, mauvaise ambiance sociale, perte de repères après des changements brusques). En tout cas, depuis le départ de l’ex-PDG jugée «autocrate» par certains administrateurs, beaucoup ont retrouvé le sourire au siège du groupe. Reste à savoir comment les syndicats assez critiques évolueront vis-à-vis de lui. La réforme des retraites promet d’être risquée dans l’entreprise.

Le poids politique de Jean Castex constituera forcément un atout pour défendre les intérêts de la RATP, notamment auprès d’Ile-de-France Mobilités, présidée par la LR Valérie Pécresse, et pour préparer le terrain de RATP Dev dans sa conquête de marchés étrangers. Mais en France, la politisation de la fonction de PDG de la RATP peut avoir l’effet contraire quand l’entreprise est en appel d’offre dans des villes de gauche, comme Lyon.

Dans quelle mesure l’ex-Premier ministre conservera-t-il le Comex majoritairement féminin recomposé par Catherine Guillouard ? Celle-ci avait même recruté un directeur de cabinet entré en fonction début octobre. On imagine mal Jean Castex ne recasant pas d’ancien collaborateur.

Marc Fressoz



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