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Le BEA-TT ne s’explique pas le déraillement d’un RER B de la RATP en 2020



C’est assez rare pour être signalé. Les enquêteurs du Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) ne s’expliquent pas le déraillement d’un train de la RATP qui a eu lieu sur la ligne B du RER le 24 juin 2020, par laquelle transitent 850 000 personnes par jour. «Il n’est pas possible de décrire avec certitude les phénomènes qui ont conduit au déraillement», concluent-ils dans un rapport rendu le 3 novembre 2022. Les grandes lignes du scénario, elles, ne constituent pas une énigme. Ce jour-là vers 19 h, un RER MI79 qui stationnait sur la voie 3 de la gare Denfert-Rochereau repart à vide pour effectuer un service voyageurs. «Moins de deux minutes plus tard, lors d’un changement de voie, le train déraille au passage de la pointe de l’appareil de voie n° 4621 disposé à droite: le premier essieu du bogie avant de la 6ᵉ voiture déraille par montée de roue sur l’aiguille gauche de l’appareil de voie », décrit le rapport. Idem pour le second essieu. Plus loin, lors du franchissement de l’aiguille d’un appareil de voie, les roues gauches déraillées détruisent le moteur de l’aiguille. Celle-ci se translate à droite si bien que les 6e et 7e voitures partent alors à droite, entraînant le déraillement par ripage des essieux qui n’étaient pas encore sortis. «Lors du déraillement, un poteau caténaire est percuté» et chute, coupant l’alimentation. Le dernier essieu de la voiture 7 déraille.

Pas de doute, «le déraillement est dû à un défaut de l’interface rail-roue au droit de l’appareil de voie n° 4621», notent les experts du BEA-TT. Mais pour remonter les causes, ceux-ci peinent. La maintenance des bogies et de l’infrastructure ferroviaire a été faite dans les règles de la RATP. Bien qu’«un nombre important de constatations, d’investigations, de mesures a été réalisé sur les bogies du train accidenté, sur l’infrastructure ferrée complété par des modélisations de l’interface rail-roue et la circulation d’un train instrumenté», le BEA-TT se borne à émettre l’hypothèse d’interactions de «facteurs contributifs» «sans doute à l’origine du déraillement par montée de roue»: un bourrelet sur la roue ayant déraillé; la géométrie des voies qui a pu générer de légers mouvements de caisse; l’usure éventuelle de l’aiguille dont la lame «était peut‑être légèrement décollée», conjecture le BEA-TT.

Bref, on ne sait pas pourquoi un train a déraillé sur une partie limitée 30 km/h. La RATP a engagé des actions préventives de surveillance (profil des roues, maintenance corrective selon des critères de dimension à définir). Le BEA-TT, qui se garde de pointer sa responsabilité, demande à la RATP d’enrichir les procédures de contrôle et de maintenance des aiguilles. «Les investigations afin de comprendre les phénomènes qui conduisent à la formation des bourrelets sur les roues des rames RER MI79 pourraient être poursuivies», suggère le bureau d’enquêtes.

Marc Fressoz


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