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Le TRV pris en tenaille entre la hausse des carburants et la pénurie de conducteurs


«Il va manquer 1000 conducteurs en Auvergne Rhône Alpes pour la rentrée 2022. Cette situation de pénurie risque d’impacter environ 30.000 élèves, qui vont se retrouver sans solution de transport pour rejoindre leur établissement scolaire, ou seront confrontés à une offre dégradée», déclare Michel Seyt, co-président de la FNTV AURA. Le 24 juin, l’assemblée générale de la branche régionale de la fédération des professionnels du TRV a été largement consacrée aux difficultés croissantes de recrutement dans ce secteur en tension. La Région AURA reflète les blocages constatés au niveau national, où il manque 10.000 conducteurs. «Entre le turn-over et les départs en retraite, les besoins ont atteint 15.000 postes en 2022, contre 10.000 avant la crise sanitaire », souligne Jean-Sébastien Barrault, président de la FNTV. Le chômage partiel a poussé de nombreux conducteurs à se réorienter, notamment vers le transport de marchandises. Une hémorragie de main-d’œuvre aggravée par la pyramide des âges, dans un métier où la moyenne d’âge est de 52 ans. Autre écueil : le volume horaire des CPS plombe l’attractivité des contrats.

Résultat: des candidats de plus en difficiles à convaincre. «Il y a 10 ans, nous recevions 10 fois plus de candidatures que de postes à pourvoir», souligne Pascal Favre, co-président de la FNTV AURA. Ces temps sont révolus. Chez Philibert per exemple, il a fallu récemment envoyer 11 000 mails pour organiser une session d’information de 12 personnes! Autre complication : les nouveaux conducteurs ne sont pas toujours au niveau attendu par les transporteurs, comme en témoigne Bruno Ginhoux, contraint de se séparer de 2 nouveaux embauchés incapables de conduire un véhicule équipé d’une boîte manuelle. Confrontée elle aussi à la rareté des formateurs, l’Aftral accroît le recours aux simulateurs de conduite. Les solutions passent par une série de pistes, comme la formation initiale désormais possible avec le passage du permis D transports en commun dès 18 ans (mais la formation en CAP n’est pas encore lancée), l’apprentissage, la recherche de contrats complémentaires pour les CPS... La FNTV s’apprête à lancer une grande campagne de sensibilisation, mais en attendant, il va falloir parer au plus pressé, et recourir sans doute à des véhicules de moins de 9 places pour la rentrée de septembre. Quant aux négociations salariales, elles se poursuivent après une première revalorisation de 5% en moyenne intervenue au printemps. Les organisations syndicales appelaient d’ailleurs les salariés à une journée de mobilisation le 27 juin.

Pour les transporteurs, dont l’activité dépend à 80% des activités conventionnées, les autorités organisatrices détiennent une partie de la solution, en accordant par exemple davantage de poids au volet social dans l’évaluation des réponses aux appels d’offre. Ces réflexions sont particulièrement sensibles en Auvergne Rhône-Alpes, où le prix représente 80% de la note. D’autant plus que les collectivités locales demandent parallèlement au TRV de poursuivre la transition énergétique. Un coût supplémentaire, encore renforcé par l’évolution des prix des carburants liée à la guerre en Ukraine, et pas seulement sur le gazole. «Nous exploitons 120 véhicules au GNV, dont le prix est passé de 80 centimes à 3€ le kg. Il est indispensable d’intégrer la révision des indices CNR dans nos contrats», souligne Aurélien Berthelet. «Pour l’ensemble des cars régionaux, la hausse des prix des carburants va représenter 10 M€ de dépenses supplémentaires en 2022 pour la collectivité », répond Paul Vidal, conseiller régional, tout en donnant rendez-vous aux transporteurs après la rentrée pour échanger sur les sujets liés à la décarbonation, et trouver des solutions pour mieux les accompagner.

Sandrine Garnier

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