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Renchérir l’utilisation de la route, meilleure solution pour dépolluer les transports ?



Attention: proposition explosive et à rebrousse-poil! A quoi bon continuer à consacrer des investissements massifs au rail et aux transports urbains, dont la part dans les déplacements plafonne à 11% pour le premier? Pour décarboner efficacement le transport, il faut se polariser sur la route et freiner la demande de déplacements des personnes (et des marchandises) en renforçant les barrières économiques: péages autoroutiers, ZFE, hausse des taxes sur le carburant, et pourquoi pas péages urbains?

Cette proposition visant la sobriété, sinon la décroissance, émane du think tank TDIE, lié à la FNTP. Jusqu’ici surtout partisan de la construction d’infrastructures, celui-ci ferait-il sa mue? Il s’adapte à l’évidence aux enjeux du drame climatique et à l’étranglement budgétaire de l’Etat, même si son co-président Louis Nègre juge que la France est toujours un pays aux moyens importants, malgré l’affaissement de nombreux services publics.

Dans une période de tâtonnement, TDIE a ainsi publié le 17 janvier une note intitulée «Engagements climatiques et mobilités: à la recherche du bien commun», élaborée par l’économiste Yves Crozet. Pour lui, il convient de faire baisser la demande par un signal prix plutôt que d’augmenter l’offre de déplacements alternatifs pour baisser la part de la route. L’approche consistant à miser sur le progrès technologique, comme le véhicule électrique, ne suffit pas. Prime à la conversion, réseau de bornes de recharge… «cela coûte extrêmement cher à la puissance publique», souligne l’universitaire, et le renouvellement du parc automobile sera loin d’être terminé en 2030.

Reste ce détail: comment ne pas réveiller à la fois les Bonnets rouges, nés du rejet de l’écotaxe, et les Gilets jaunes, qui ont fait capoter des taxes sur les carburants? TDIE répond en développant un raisonnement complexe combinant lutte contre le réchauffement, sobriété, régulation des déplacements et garantie d’un maintien «de l’accès de tous à la mobilité ». Au final, on parle bien de «discipline collective» qu’il faudrait établir avec «un nouveau contrat social», avec un principe de base: la mobilité doit être considérée comme «un bien commun qui suppose que les intérêts particuliers ne prennent pas le pas sur l’intérêt général», énonce TDIE. Pour emporter l’adhésion du citoyen, il suffirait de garantir avec transparence qu’une part des prélèvements est utilisée pour faire fonctionner les infrastructures et la mobilité, par exemple des lignes de car express. Bon courage au politique qui se risquera à appliquer ces idées audacieuses, alors que le Conseil d’orientation des infrastructures va recommander au Gouvernement d’augmenter significativement les dépenses.

Marc Fressoz


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