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SNCF Réseau: l’Etat sacrifie le PDG Luc Lallemand au profit de Matthieu Chabanel



Matthieu Chabanel, proposé par l’Etat pour «donner un nouvel élan à la gouvernance de SNCF Réseau», fera-t-il mieux que Luc Lallemand? Le 28 septembre, lors d’un conseil d’administration du gestionnaire d’infrastructure, le PDG qui était en poste depuis 2020 a été débarqué par l’Etat actionnaire. Reste à faire valider par le régulateur et par le Parlement le choix de celui qui a longtemps été le numéro 2 du Réseau.

En rappelant dans un communiqué que Bercy a repris 35 Md€ des dettes de l’entreprise, l’Etat semble vouloir accréditer l’idée que la crise du gestionnaire d’infrastructure ferroviaire relève non pas d’une équation financière impossible, mais d’abord d’une erreur de casting. En somme, le précédent Gouvernement se serait trompé en misant sur le belge Luc Lallemand, qui a mal géré alors que «les efforts de remise à niveau de l’infrastructure ont été considérablement renforcés», pointe l’exécutif.

Avec Matthieu Chabanel, on a à faire à «un industriel à l’expérience reconnue dans le secteur ferroviaire et ayant tissé des liens forts avec l’ensemble des parties prenantes». Il devra arranger ce qui ne va pas, c’est-à-dire presque tout. Il aura pour «mission prioritaire d’améliorer la qualité du réseau ferroviaire au bénéfice de tous (voyageurs, entreprises ferroviaires, et chargeurs) en continuant à assurer l’indépendance du gestionnaire d’infrastructure et en assurant son développement soutenable, portée par une excellence opérationnelle et l’assainissement de sa trajectoire financière conformément aux objectifs du nouveau pacte ferroviaire de 2018», liste le Gouvernement.

Certes, Luc Lallemand a fait preuve d’une vraie maladresse avec les élus, notamment avec ceux d’Ile-deFrance en les mettant devant le fait accompli du fiasco financier et technique du prolongement d’Eole. Cerise sur le gâteau, le quasi-abandon du système de signalisation Nexteo pour certaines lignes de RER. «Dans ces cas-là, on arrive avec des propositions alternatives et des dates», critique un industriel ferroviaire. Effacé, Luc Lallemand a donné l’impression d’être un collaborateur de Jean-Pierre Farandou, le PDG du groupe SNCF. Mais n’est-ce pas le sens de la réforme de 2018, qui fait de SNCF Réseau une filiale du groupe dont le financement dépend en partie des performances de l’opérateur ferroviaire? Par-dessus tout, l’actionnaire lui a fait signer un marché de dupe avec le contrat décennal de performance Etat-Réseau, qui ressemble à une coquille financière vide. Il ne permet pas de mener à bien des investissements (postes de régulation informatisés) porteurs de gain de productivité. L’ex-patron de Réseau n’a pas été le seul à s’en plaindre, puisque le texte a été unanimement critiqué, le régulateur le qualifiant de «contrat de contre-performance». En septembre, devant le Sénat, Jean-Pierre Farandou a lui-même tiré la sonnette d’alarme sur le risque d’effondrement du réseau. Question: Matthieu Chabanel sera-t-il en capacité d’obtenir plus de fonds durant les 10 ans qui viennent?

Marc Fressoz



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