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Céline CRESTIN

Céline CRESTIN

DIRECTRICE DE LA STRATÉGIE ET DU DÉVELOPPEMENT RESPONSABLE DE PARIS LA DÉFENSE

En charge de l’aménagement, de la gestion, de l’animation et de la promotion du territoire, l’établissement public de Paris La Défense suit l’évolution des besoins déplacements. Développement du télétravail, des mobilités douces, nouvelles attentes des salariés et des habitants... Céline Crestin, directrice de la stratégie et du développement responsable, détaille les principales tendances post-Covid.

Mobily-Cités : Quelle est l’incidence du télétravail, mis en place pendant les périodes de confinement, sur le trafic voyageurs de La Défense ?

Céline Crestin : La Défense jouit d’une très bonne desserte, avec une offre Transilien, RER A, métro, tramway et bus. De fait, 87 % des salariés viennent en transport en commun. Nous assistons actuellement à une reprise post-confinement. Après une diminution du trafic, celui-ci reprend petit à petit. Les comptages indiquent pour le mois d’avril une jauge du trafic à 70 % de ce qu’il prévalait avant crise. Elle était de 67 % en début d’année. L’application des accords de télétravail, qui existaient déjà avant la crise sanitaire, expliquent en partie cette baisse de fréquentation. Les échanges bilatéraux menés avec les entreprises confirment que la plupart d’entre elles ont accordés deux jours de télétravail hebdomadaires. Ces jours sont appliqués pleinement et nous constatons de manière empirique qu’ils sont surtout pris les lundis et vendredis, ce qui fait que le trafic est réduit de manière significative ces jours-là, alors qu’il atteint presque 100 % du mardi au jeudi.


Avez-vous noté des différences dans le choix des modes de déplacements avant et après Covid ?

Nous avons souhaité comprendre l’évolution des modes de déplacement en confiant une étude à Iéseg Conseil, en avril 2021. Il apparaissait, à cette période, que 8% des sondés déclaraient se rendre régulièrement à La Défense en vélo avant le Covid, contre 13% ensuite. On notait également une baisse de l’utilisation des transports en commun, liée à une certaine inquiétude vis-à-vis de la contagion, et par conséquent une hausse de la part des déplacements en voiture individuelle.


Qu’en est-il du le lissage des heures de pointe, qui avait été initié par Paris La Défense au printemps 2019, en collaboration avec IdFM et 14 grosses entreprises du quartier d’affaires ?

Cette opération a bien évidemment été moins facile à suivre sur les deux dernières années, mais cela reste une opération pertinente pour lisser les crêtes, la période entre 8h45 et 9h15 s’avérant très critique avant la crise. Ainsi, nous allons réactiver l’opération visant à informer les salariés sur les pics de flux, car il y a une vraie différence si l’on peut décaler son trajet 5 minutes plus tôt ou plus tard.


Comment s’intègrent les mobilités douces à La Défense ?

En 2019, une étude sur les émissions de GES indiquait que 30 % d’entre elles provenaient du secteur des transports. Si nous ne sommes pas à la manœuvre en matière de politique de transport à proprement parler, notre rôle d’aménageur nous permet d’intégrer une place plus confortable pour le vélo dans les nouveaux quartiers créés, en imposant par exemple des stationnement vélos pour les nouveaux immeubles, ou en instaurant de vraies pistes cyclables maillées avec les villes voisines. 6 km de pistes cyclables ont été créées, dont 2,5 km sous la dalle de La Défense dans le cadre d’une expérimentation. Le maillage s’articule avec les communes voisines de Puteaux, Courbevoie et Nanterre pour assurer une continuité cyclable. Nous avons également installé un service d’entretien Cyclofix sur la dalle, tout en aménageant des pistes sous la dalle pour le transit dans les tunnels. Ces accès commencent à être identifiés et fréquentés. En parallèle, nous avons développé des places de stationnement avec 700 arceaux en surface, et le délégataire de parking public, Q Park, pourra proposer 800 places sécurisées d’ici la fin 2023. Ceci sans compter les installations prises en charge par chaque tour de bureaux. A titre d’exemple, Cœur Défense compte une centaine de places de stationnement, avec la mise en place de rails sur deux étages. Dans les faits, la pratique du vélo s’intensifie, selon les données apportées par nos 5 points de comptage. Ainsi, on comptait 600 passages par jour sur la piste sécurisée du pont de Neuilly avant l’épidémie de Covid, contre jusqu’à 6000 à présent.


Et pour les salariés qui habitent loin de La Défense et que la distance peut effrayer ?

En concertation avec IdFM, nous avons participé au développement d’une station Véligo, dans un volume que nous possédions à Nanterre Université, ce qui permet aux habitants de s’y rabattre avec leur vélo puis d’emprunter le RER A. Il y a aussi un alignement de planètes, avec le prolongement d’Eole vers l’ouest parisien, puisqu’une passerelle dédiée aux vélos va être construite sur la boucle de la Seine, au niveau de Houilles, dans les Yvelines, le long du RER, ce qui permettra une nouvelle desserte.


Comment le quartier d’affaires s’adapte-t-il à l’évolution de la mobilité électrique ?

Paris La Défense dispose du plus grand espace de parking en ouvrage d’Europe, avec 14 parkings et 18 000 places. Un nouvel opérateur, Q-Park, a été désigné pour la DSP au 1er janvier 2022, notamment sur son engagement à déployer 500 bornes de recharge électriques en 24 mois, ainsi que des places sécurisées pour le vélo avec 300 nouvelles places, en plus des 500 déjà proposées. Q-Park mènera également une réflexion sur la baisse attendue des déplacements en voiture individuelle, en imaginant de nouveaux usages. Certains parkings, qui disposent d’un éclairage naturel liée à la présence de la dalle, peuvent être dédiés à de nouveaux usages. Une étude menée avec la Sogaris va examiner la possibilité de proposer un relai pour la distribution du dernier kilomètre pour la logistique de proximité. L’idée consiste à faire aboutir une expérimentation à moyen terme.


Des actions spécifiques au covoiturage ont-elles été mises en place ?

Nous n’avons pas mis en place d’action particulière mais cela rentre dans notre réflexion. Le covoiturage est plutôt impulsé par les entreprises elles-mêmes. Une expérimentation avait été lancée en 2019, mais le Covid l’a stoppée. Cela rentre évidemment dans la réflexion que nous menons avec les entreprises.


Comme s’est comporté le marché immobilier l’an passé, dans un contexte tendu ?

L’année 2021 s’est en fait révélée très bonne en termes de demandes placées, puisque nous avons retrouvé le niveau de 205 000 m² loués, ce qui n’avait pas été atteint depuis 2016. De nouveaux immeubles de bureaux ont été livrés récemment, avec des locaux attractifs et confortables. La Défense a ainsi été le seul marché francilien à ne compter aucune sortie. Dans le même temps, les entreprises déjà installées se sont pérennisées.


Le télétravail amène pourtant les entreprises à réduire la surface louée, comment cela se traduit-il ?

La crise du Covid a évidemment impacté le marché immobilier. Les tours étaient habituellement louées à un ou deux occupants et, désormais, il est possible de ne louer que deux ou trois plateaux, voire un seul, ce qui n’était pas possible auparavant. Cela a permis d’attirer une nouvelle clientèle. Des PME et des entreprises de tailles intermédiaires se sont installées en provenance de l’industrie du luxe, de la communication, du monde de l’éducation, avec l’arrivée du groupe Omnes ou bien du campus Cyberdéfense. Ces entreprises ont entraîné de nouvelles populations de salariés, qui sortent du cadre habituel, souvent plus jeunes, avec des usages et des modes de déplacements différents. Ainsi, ils privilégient plus les modes doux comme le vélo par rapport à la voiture individuelle.

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