Claire Baritaud

Claire Baritaud

coordinatrice de l’Agence de l’innovation pour les transports

« La technologie n’est qu’un des aspects de l’innovation »

Créée en avril 2021, l’Agence de l’innovation pour les transports poursuit son action d’animation de l’écosystème, en soutenant les porteurs de projet et en interrogeant l’acceptabilité sociale du progrès technologique. Les 7 et 8 février 2023, le 1er Forum de l’AIT sera l’occasion d’échanger et de débattre sur le futur des mobilités.


Propos recueillis par Sandrine Garnier


Mobily-Cités : L’Agence de l’Innovation pour les transports a été créée en avril 2021. Comment la structure évolue-t-elle ?

Claire Baritaud : L’AIT se porte bien : les 20 premiers lauréats de PROPULSE semblent très satisfaits de l’accompagnement dont ils ont bénéficié, et nous avons lancé le 2e appel du programme début septembre, avec une clôture des candidatures au 31 octobre. Notre objectif est de sélectionner à nouveau une vingtaine de lauréats (25 maximum), qui seront dévoilés début 2023. PROPULSE a véritablement vocation à devenir une vitrine de l’innovation sur les grands enjeux nationaux, de manière à favoriser la levée des freins sur la règlementation ou les financements, et permettre ainsi le passage à l’échelle. A chaque lauréat est associé un référent issu des différentes directions générales des transports, des infrastructures, de l’aviation civile et de la mer. Les lauréats PME-start-up obtiendront de facto le label Green Tech Innovation du ministère. PROPULSE contribue également à valoriser des innovations françaises dans le cadre des JOP 2024.


L’AIT a également vocation à fédérer l’ensemble du secteur sur la thématique de l’innovation. Comment animer cette communauté ?

Nous allons réunir l’ensemble des acteurs de l’écosystème à l’occasion d’un Forum de l’Innovation qui se tiendra les 7 et 8 février à la Cité des Sciences et de l’Industrie à la Villette. Nous allons associer à ce rendez-vous l’ensembles de filières concernées, à travers les différents Comités de recherche et d’innovation, et de manière générale tous innovants, acteurs contribuant à la transformation du secteur des transports. Nous voulons que cet évènement soit également ouvert aux étudiants, et aux jeunes, d’où le choix du lieu. La manifestation sera l’occasion de présenter des démonstrateurs. Tables-rondes, débats, prospective, mise en lumière de sujets sociétaux, mais aussi ateliers de réalisation et de co-construction vont se succéder durant deux jours. Nous voulons non seulement présenter et mettre en débat des pistes d’innovation comme les taxis volants et capsules de type Urbanloop, mais aussi évaluer leur acceptabilité sociale.


La diffusion de la culture de l’innovation constitue aussi l’une des missions de l’AIT. Quels sont vos liens avec le monde académique et universitaire ?

Nous travaillons avec les étudiants de l’Université Gustave Eiffel sur un challenge à la sensibilisation aux choix de mobilité. Les participants doivent remettre leurs idées sous forme de Motion Design, et nous avons le projet d’accompagner les lauréats vers des hackathons de mise en solution. Nous avons engagé une démarche similaire avec l’Ecole nationale de l’aviation civile (ENAC), et nous avons également développé des liens avec l’ensemble du monde académique, en Médecine et en Sciences sociales, afin de réfléchir par exemple à la sécurité dans les espaces publics. La technologie n’est qu’un des aspects de l’innovation. Nous devons interconnecter les savoir-faire et les questionnements.


Le développement du numérique permet de lever des freins, mais pose aussi un certain nombre de questions. Comment mieux le faire accepter ?

Le numérique est une thématique ambivalente, qui répond souvent à des besoins non explicités, et peut être parfois perçu comme un facteur de déshumanisation. Il faut être attentif à bien l’intégrer aux politiques publiques. A cet égard, nous sommes fiers d’avoir accompagné l’application de l’article 122 de la loi Climat Résilience qui impose aux applications de guidage l’affichage des émissions de CO2 générées pour chaque calcul d’itinéraire. Cela démontre que le numérique aide à faire prendre conscience des impacts de nos choix de mobilité.


L’AIT participe également aux réflexions sur l’achat public, et notamment à la valorisation des bonnes pratiques en matière de marchés de transport scolaire. Il s’agit, là aussi, d’une forme d’innovation…

Pour faire face à la pénurie de conducteurs dans le transport scolaire, une partie de la solution se trouve dans la conception des marchés. Les transporteurs pointent une morcellisation des missions, qui conduit à proposer aux salariés des contrats de quelques heures par semaines, qui ne permettent pas d’accéder à un niveau de salaire décent et présentent de fortes contraintes, avec des plages horaires très éclatées. Pour améliorer la situation, la base nationale de l’achat public, créée avec France Mobilités, va permettre de mutualiser les bonnes pratiques et de déterminer les paramètres à retenir pour faire évoluer la commande publique. Nous y travaillons notamment avec la FNTV, le GART, l’UTP, Régions de France et l’AMF notamment, et une série de préconisations seront émises en fin d’année 2022.