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Jean-Baptiste Gastinne

Jean-Baptiste Gastinne

Vice-président de la région Normandie en charge des transports

Nous avons investi 2 M€ dans le TER depuis 2016

Alors que la Région vient d’adopter son calendrier d’ouverture à la concurrence du réseau TER, les élus se préparent pour la clause de revoyure prévue en 2023 dans l’actuelle convention. S’ils maintiennent la pression sur la SNCF, les contraintes liées notamment aux travaux du Grand Paris reportent les avancées majeures à la fin de la décennie, alors que les liaisons vers la capitale représentent plus de 50% du trafic.

Propos recueillis par Sandrine Garnier


Mobily-Cités : Après une période de relations tendues, et même de suspension des paiements, la Normandie a signé sa dernière convention TER avec la SNCF en 2020, pour une durée de 10 ans. Etes-vous satisfait de votre délégataire ?

Jean-Baptiste Gastinne : Le transport ferroviaire est une priorité pour la Normandie. Nous avons engagé 2 Md€ pour l’achat de matériels roulants, l’entretien des infrastructures et la construction ou la modernisation des ateliers depuis 2016. Nous attendons par exemple 27 trains neufs pour 2024, en plus des 40 trains déjà livrés et de la rénovation des AGC.

Face à ce haut niveau d’investissements, nous attendons des résultats en termes de fiabilité, de robustesse, de performance et de ponctualité de la part de la SNCF. La qualité de service s’est globalement améliorée depuis deux ans, mais les problèmes demeurent pour l’ensemble des trains à destination de la région parisienne et de la gare Saint-Lazare. Des progrès ont été réalisés avec la mise en service de nouveaux trains, et l’évolution du schéma de maintenance qui permet d’entretenir le matériel à Sotteville-les-Rouen au lieu des ateliers de Clichy. Sur le 1er semestre 2022, nous sommes parvenus à 87% de départs à l’heure à Saint-Lazare, contre 66% il y a 3 ans. Nous continuons à y travailler avec la SNCF pour optimiser l’exploitation. De plus, une 2e commande de trains Omneo va être mise en service à partir de la fin de l’année 2023, ce qui permettra de remplacer le vieux matériel tracté.

Mais il faut reconnaître que les améliorations significatives ne seront possibles qu’avec des infrastructures comme le saut de mouton au niveau de la gare de Clichy-Levallois, et donc ne pourront pas être réalisées avant la fin des travaux d’Eole, c’est-à-dire d’ici à la fin de la décennie.


Une clause de revoyure est prévue pour 2023 dans la convention TER. Quels sont les points qui restent à améliorer ?

Dans la perspective de cette clause de revoyure, nous sommes en discussion avec les services de la SNCF sur les exigences de qualité de service. Nous envisageons ainsi de renforcer les malus en cas de mauvaises performances, notamment les annulations de trains, quel qu’en soit le motif.

L’information voyageurs en temps normal et en situation perturbée constitue aussi une de nos priorités, ainsi que la relation client. La SNCF a beaucoup progressé sur ce point mais peut encore gagner en réactivité, en anticipation et dans le caractère systématique des informations liées aux perturbations. Nous sommes également particulièrement vigilants sur la transmission des données, déterminantes pour préparer l’ouverture à la concurrence. Je pense particulièrement aux informations concernant l’entretien du matériel roulant, indispensables pour la préparation des appels d’offres.


Quelle est votre conception de la hiérarchie du réseau régional ? Quelle articulation entre le rail, les cars interurbains et les autres modes ?

Notre priorité est de mettre en place un système de transport cohérent et bien coordonné, en agissant notamment sur la fiabilité des correspondances et de l’info voyageur. Les nouveaux trains que nous allons mettre en service permettront non seulement l’affichage des correspondances ferroviaires, mais aussi des cars régionaux. Nous travaillons aussi aux côtés des intercommunalités pour améliorer les pôles d’échanges multimodaux. Les cars interurbains sont pleinement complémentaires du rail, et efficaces sur leur domaine de pertinence, à l’instar de la ligne Caen – Le Havre via Honfleur, sur laquelle nous avons multiplié l’offre par deux pour répondre aux attentes des voyageurs, alors qu’il n’existe pas de desserte ferroviaire.


Comment la Région s’est-elle positionnée dans la généralisation des AOM aux communautés de communes ?

Nous avons encouragé les collectivités à prendre la compétence Mobilité en devenant AOM, en assurant aussi que l’offre de transport de la Région serait maintenue, tout en les prévenant qu’aucune offre supplémentaire ne serait financée par la Région. Seules 4 sur 70 n’ont pas pris la compétence. Maintenant, nous sommes en plein processus de validation des 12 bassins de mobilité identifiés, et de constitution des Comités des partenaires, qui vise à préparer la signature des contrats opérationnels de mobilité. Le véritable apport de ce nouveau dispositif, c’est la cohérence et la coordination des acteurs afin de mettre en place des solutions adaptées à ces territoires : vélos à assistance électrique ou scooters électriques en location, par exemple.


Quelle est votre démarche en matière de transition énergétique ?

Nous avons effectué des tests de car électrique à batterie sur Rouen – Evreux, et nous attendons la mise en service du car hydrogène rétrofité sur la même ligne. Sur le rail, nous avons prolongé d’un an l’expérimentation du B100 sur la ligne Paris – Grandville, avec une réduction de 60% des émissions de CO2 par rapport aux locos diesel. Nous observons aussi le déploiement des Regiolis hydrogène dans les Régions pilotes. Nous envisageons d’ailleurs de faire circuler ce type de matériel sur la ligne Le Mans-Caen, en partenariat avec les Pays de la Loire.


Où en êtes-vous sur le développement de la billettique et du MaaS ?

La Normandie dispose déjà une billettique multimodale nommée Atoumod, gérée dans le cadre d’un syndicat mixte qui regroupe 15 AOM. Cela nous a notamment permis d’expérimenter le M-Ticket. Nous disposons également d’un système d’information voyageur baptisé « Comment j’y vais ? », et nous allons lancer notre outil MaaS. De plus, nous allons déployer la solution de post-paiement Fairtiq l’an prochain. Il suffira de télécharger une appli, qui détecte les points de départ et d’arrivée des trajets effectués, puis appliquera le tarif le plus favorable. Cette solution doit permettre, dans le respect du droit des données, de simplifier à l’extrême le recours aux transports en commun, en particulier leur utilisation combinée sur un même trajet, et lever ainsi un des principaux freins à ces modes plus sobres.

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