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Jean-François Argence

Jean-François Argence

directeur des nouvelles mobilités chez Lohr Industrie

« Le partenariat avec Navya va permettre d’autonomiser Cristal »

Adossée aux activités traditionnelles du groupe Lohr, la division dédiée aux nouvelles mobilités veut franchir un pas en autonomisant sa navette Cristal, comme l’explique Jean-François Argence. L’entreprise mise aussi sur le développement d’un train ultra-léger destiné aux petites lignes de campagne.

Propos recueillis par Marc Fressoz


Mobily-Cités : Fin septembre, Lohr et Navya ont annoncé un accord de coopération dans le domaine du véhicule autonome. Dans quel but ?

Jean-François Argence : L’accord est destiné à proposer une solution globale de véhicule électrique autonome, avec le principe que chacun apporte son savoir-faire. Lohr reste dans son cœur de métier, qui est la production industrielle et en série de véhicules de transports public, tandis que Navya reste sur son savoir-faire dans la robotique, c’est-à-dire la solution complète qui autonomise le véhicule : le hardware, le software et l’intelligence qui permet d’atteindre l’AD, l’autonomous driving. Navya va homologuer le véhicule, et cette dernière brique est très importante pour nous. Concrètement, cela nous permet d’autonomiser notre navette Cristal.


Quel est le marché potentiel pour cette navette Lohr ? Et en quoi serait-elle complémentaire de l’actuelle navette commercialisée par Navya ?

Elle vient compléter la gamme existante de Navya, grâce à des dimensions et une capacité en passagers différentes.


L’accord prévoit-il que Lohr puisse aussi fabriquer les navettes de Navya ?

Ce n’est pas prévu. Pour ce qui est de la commercialisation de Cristal, c’est en cours de définition, mais dans un premier temps, Navya va s’en occuper.


Cet accord avec un nouveau partenaire découle-t-il de la fin de la collaboration de Lohr avec Transdev ?

Nous avions en effet un partenariat avec Transdev à travers leur filiale Systèmes de transport autonome (STA. Transdev, qui connaît la brique gestion de flotte et sécurisation du système, avait également un partenariat avec Mobileye, société israélienne spécialiste des radars, lidars et caméras. Transdev ayant décidé de ne pas poursuivre dans cette activité, de fait, notre partenariat n’a pas continué.


Où en Cristal dans sa version classique, c’est-à-dire avec conducteur ?

Après le développement, la conception, les essais, les expérimentations sur différents sites, principalement celui de Strasbourg, nous sommes ensuite entrés dans une phase de déploiement avec des commandes passées, après appels d’offre, par plusieurs collectivités. Cristal est aujourd’hui exploité à Ajaccio, Orange, Avignon et Saverne.


Est-elle exploitée avec un seul véhicule ou en convoi ?

Pour l'instant, c'est plutôt en mode solo, c'est-à-dire sans attelage, puisque cette capacité unitaire correspond à la fréquentation de ces lignes, sauf à Saverne. La ligne est très fréquentée aux heures de pointe, si bien que l’exploitant a attelé deux navettes depuis le 12 septembre.


Sur quoi a débouché l’expérimentation menée à Strasbourg ?

En 2019, une expérimentation a été menée sur une ligne du réseau de la CTS, et aujourd’hui nous répondons à un appel d’offre en candidatant à l’exploitation d’une ligne régulière. Nous sommes dans la phase de finalisation et si nous sommes choisis, cela constituera une 5e référence. C'est un parcours différent de celui de l'expérimentation. Il a été revu en fonction de la fréquentation et en fonction de l'arrivée du tram dans ce quartier de Strasbourg, à la Robertsau. La navette pourra être composée en version trains pouvant compter jusqu’à 3 véhicules.


Aujourd’hui, le groupe Lohr développe un train très léger. Quel est le lien avec les activités de transport public ?

Notre stratégie est de proposer des solutions innovantes et de diversifier nos produits pour maintenir des emplois industriels. Nous travaillons en effet avec la SNCF sur le développement d’un train léger électrique, Draisy. Ce projet s’appuie sur le savoir-faire du transport guidé développé sur le Translohr. C’est une déclinaison d’un véhicule équivalent à un tramway en termes de poids et de dimensions, qui ne soit pas agressif pour les rails, car on parle de dessertes fines du territoire, autrement dit de lignes qui ne sont pas en excellent état. Nous sommes d’ailleurs au croisement de deux univers, ferroviaire et guidé. La SNCF apporte sa compétence sur les spécifications du matériel et son exploitation. Ce train léger peut avoir vocation à devenir autonome dans un second temps.


Quand est-ce que Draisy fera ses premiers tours de roues ?

Nous commençons à constituer le consortium pour aboutir à un démonstrateur à l’horizon 2025, qui devrait fonctionner quelque part dans l’est de la France. Ce consortium est également formé de Railenium, de Station-e pour les bornes de recharge, et de GCK qui fournira les batteries dans le train, car il n’y aura évidemment pas de caténaire. La recharge se fera par biberonnage. Selon la configuration de la ligne et selon les temps d’arrêt, le train va se charger à certaines stations. La charge sera fournie par des batteries de deuxième génération.


L’activité Nouvelle mobilité de Lohr s’insère dans un groupe industriel avec des activités diversifiées. Comment se portent-elles ?

Nous avons bon espoir d’avoir de nouvelles commandes de wagons porte-camion pour les autoroutes ferroviaires. La construction de remorques de poids lourds porte-voiture reste une activité importante et l’activité défense, qui représente 40% du chiffre d’affaires, s’est beaucoup redéveloppée ces dernières années. Nous avons remporté un marché pour fournir à la gendarmerie nationale des VBMO, de véhicules blindés de maintien de l'ordre. C’est un contrat de 90 véhicules blindés. Nous avons enrichi notre savoir-faire en termes de mécanosoudure de tôles blindées, grâce à des marchés militaires.

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