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Jean-Paul LIEUTAUD

Jean-Paul LIEUTAUD

Président de la FNTV PACA Corse

Pénurie de conducteurs : « Notre premier objectif est de réussir la rentrée 2022 »

Après un mois de septembre 2021 marqué par une pénurie sans précédent des conducteurs de cars scolaires, le président de la FNTV PACA Corse détaille les initiatives mises en œuvre pour recruter et former de nouveaux professionnels. Cet enjeu essentiel ne masque pas les préoccupations liées aux contexte sanitaire et géopolitique, qui continuent à peser sur la dynamique de l’activité.


Propos recueillis par Sandrine Garnier


Mobily-Cités : Vous avez vécu en Région Sud une rentrée 2021 difficile en raison du manque de conducteurs. Comment expliquer cette situation de crise ?

Jean-Paul Lieutaud : Comme l’ensemble de la profession, nous sommes confrontés à des difficultés de recrutements récurrentes, qui viennent alourdir notre problématique spécifique de renouvellement des effectifs. Dans notre région, l’âge moyen des conducteurs est de 50 ans. Nous avons identifié ces difficultés structurelles il y a une dizaine d’années, et nous nous organisons en conséquence. Malgré tout, la rentrée scolaire 2021 a constitué dans notre Région un épisode traumatique, avec 150 à 200 postes non pourvus et pour la première fois, des transports scolaires non assurés. Aujourd’hui encore sur certaines portions du territoire régional, les plans de transport sont adaptés pour faire face à ces difficultés de recrutement.

Les causes de cette pénurie sont multiples : la reprise de l’activité a été plus forte que prévu, nous avons eu des difficultés à remobiliser les salariés placés en activité partielle, ainsi qu’à attirer les demandeurs d’emploi et enfin la 5ème vague épidémique a fait grimper le taux d’absentéisme dans beaucoup d’exploitations.


Au-delà des difficultés liées à la crise sanitaire, quelles sont les causes de la désaffection pour le métier de conducteur de transport routier de voyageurs ?

Contrairement à ce que certains pourraient croire, il ne suffit pas de passer son permis D pour être un bon conducteur, puisque ce métier nécessite un sens aigu du relationnel. Avec le développement des transports publics, les attentes et la perception des voyageurs ont pu évoluer, mais il faut reconnaître que le métier a toujours été exigeant.

Le métier de conducteur est un métier noble avec beaucoup d’autonomie et de responsabilité. C’est un métier de service avec les contraintes attachées à ce type d’activités – amplitude, travail le dimanche et les jours fériés. Ces contraintes peuvent être un frein à l’attractivité de nos métiers mais je le répète ces contraintes sont aussi le reflet de la noblesse des missions confiées aux transporteurs.

Comment sortir de cette situation de pénurie ?

Nous avons réuni en urgence notre conseil d’administration régional le 10 septembre 2021 pour mettre en œuvre très rapidement un plan d’action visant à recruter 500 conducteurs et 50 mécaniciens et agents de maintenance. Notre premier objectif est de réussir la rentrée 2022.

Nous avons commencé par lancer avec Pole Emploi des actions de Job dating, afin de toucher les demandeurs d’emploi titulaires des titres et qualifications requises, dont le nombre est estimé à une cinquantaine pour le seul département des Bouches-du-Rhône.

Ensuite, nous avons actionné le levier Formation. Une opération de recrutement a été menée au dernier trimestre 2021 dans chacun des six départements du territoire régional, avec Pole Emploi et l’OPCO Mobilités. L’objectif étant de former 150 conducteurs. Et nous réitérons la démarche au 1ersemestre 2022 pour engager la formation de plus de 200 conducteurs qui devront être prêts à prendre le volant en septembre 2022.

Parallèlement, grâce à l’abaissement à 18 ans de l’âge autorisé pour la conduite des cars, nous avons pu démarrer une campagne de sensibilisation avec les missions locales et nous avons engagé une opération expérimentale de recrutement avec l’Agence Pour l’Education par le Sport (APELS) qui vise la signature en avril de 12 contrats d’apprentissage. Nous avons également signé une convention avec l’Agefiph pour encourager la formation de personnes en situation de handicap avec un poste de conduite adapté. Enfin, grâce à campagne de communication actuellement en cours sur les autocars ZOU!, nous recevons sur notre adresse recrutements@fntv-sud.com une vingtaine de CV par semaine.

Pour mieux faire connaître les métiers du TRV, nous organisons aussi des Journées Portes ouvertes avec nos adhérents.


Et du côté des autorités organisatrices ?

L’évolution de la commande publique peut en effet contribuer à réduire nos difficultés de recrutement. Nous travaillons ainsi avec les collectivités locales à la reconnaissance des performances sociales des entreprises de transport, dans le respect du code de la commande publique. Nous réfléchissons aussi à la consistance des contrats, en ajoutant par exemple des missions de transports périscolaires, de façon à permettre aux entreprises de recruter davantage à temps complet. Nous allons démarrer avec la Région une expérimentation sur ces conditions d’optimisation.

Les AO sont très concernées par ces questions, et très volontaristes. Ce qui démontre que d’une crise peuvent naître de meilleures pratiques.


La région Sud est également très engagée en matière de transition énergétique. Comment cela se traduit-il au niveau des entreprises adhérentes de la FNTV ?

La FNTV a été partenaire des premières expérimentations organisées en Région Sud, dès 2017, sur le biogaz, les biocarburants et la filière électrique. La transition énergétique s’accélère au rythme du renouvellement des contrats, et nous accompagnons les collectivités locales dans la définition des cahiers des charges. Ainsi, les lignes de cars du département des Alpes-Maritimes seront bientôt 100% à faibles émissions, avec des véhicules électriques et bioGNV.

L’évolution du prix des énergies alternatives au diesel pose toutefois des questions fiscales et économiques qu’il faut regarder de près et notamment dans le contexte actuel de crise géopolitique.

Nous suivons également le développement des offres électriques à batterie et à hydrogène, et bien évidemment les solutions de rétrofit, qui pourraient permettre d’éviter la mise au rebut de véhicules Euro 5 encore utilisables. Nous n’écartons aucune option mais nous les considérons avec honnêteté, sans omettre les questions relatives à la production d’énergies décarbonées et au cycle de vie des véhicules.


Comment les entreprises du TRV abordent-elles la reprise du tourisme en Région Sud ?

Tout d’abord, je tiens à saluer l’Etat et la Région, qui ont permis à nos adhérents de traverser la crise sanitaire grâce aux différents mécanismes de soutien mis en place. Aujourd’hui, il semble que la situation sanitaire s’améliore, mais l’incertitude face à l’avenir reste forte. En 2021, l’activité avait bien repris de juin à octobre, avant un coup d’arrêt survenu en fin d’année.

Aujourd’hui, le contexte géopolitique nouveau qui fait suite à 2 années de crise épidémique, n’est pas véritablement favorable à la reprise des activités touristiques et mettra une nouvelle fois à l’épreuve les qualités de résilience de la profession.

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