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Jean-Pierre SERRUS

Jean-Pierre SERRUS

Vice-président en charge des Transports et de la Mobilité - Région Sud

« Le rail constitue la base de nos systèmes de mobilité durable »

Favorisée par le climat, dotée de paysages splendides entre mer et montagne, la Région Sud est aussi confrontée aux difficultés liées à son attractivité croissante. Pour lutter contre la congestion routière et la pollution, son président Renaud Muselier a lancé dès 2017 un Plan climat dont la 2e étape baptisée « Gardons une COP d’avance » a démarré en 2021. Jean-Pierre Serrus, maire de La Roque d’Anthéron et vice-président en charge des Transports et de la Mobilité, détaille la stratégie régionale de développement des mobilités décarbonées.


Propos recueillis par Sandrine Garnier


Mobily-Cités : Vous êtes vice-président en charge des Transports et de la Mobilité depuis juillet dernier. Quelles sont vos priorités ?

Jean-Pierre Serrus : Nous voulons intégrer l’ensemble des solutions de mobilité durable à l’échelle d’un territoire de plus de 5 millions d’habitants, en lien avec les objectifs climatiques définis par le président de la Région, Renaud Muselier, qui a lancé dès 2017 son plan Climat, « Une COP d’avance ». Que ce soit sur le TER ou les services routiers, ou même dans notre rôle de chef de filat de l’intermodalité voulu par la LOM, nous veillons à la cohérence entre les projets de transition écologique, de transition énergétique et de mobilité durable. Cette approche concerne d’ailleurs un grand nombre de politiques publiques : l’environnement bien sûr, mais aussi l’aménagement du territoire, l’emploi et la formation, le soutien à l’innovation ou le développement économique. Les 60 objectifs définis dans le cadre de la révision du SRADDET en sont une excellente illustration.


La Région Sud a été la première à ouvrir une partie de ses lignes TER à la concurrence. Quelles sont vos attentes sur le rail ?

Le TER constitue la colonne vertébrale de notre politique de mobilité, ce qui n’est pas propre à notre Région. A cet égard, je souligne qu’en une décennie, nous sommes passés collectivement d’une lutte contre le déclin du transport ferroviaire à la conviction partagée par tous que le rail constitue la base de nos systèmes de mobilité durable et un puissant levier de décarbonation. Dans notre Région, l’offre a augmenté de façon constante pour atteindre 13,5 millions de trains-km en 2018. Avec la crise sanitaire, ce niveau est tombé à 12,7 millions de trains-km commandés à la SNCF en 2021. Notre objectif est de repasser la barre des 13 millions de trains-km en 2022 et 2023, pour être prêts à repartir à la hausse en 2024 et 2025 en bénéficiant des augmentations d’offre prévues sur les lots ouverts à la concurrence. Les cahiers des charges prévoient le doublement de l’offre sur Marseille – Toulon – Nice (lot 1), attribué à Transdev, et un accroissement de plus de 75% sur l’étoile de Nice (lot 2), qui restera opérée par SNCF Voyageurs.


La préparation des appels d’offres avait été émaillée de polémiques, notamment sur le transfert des données. Quelles sont à présent vos relations avec l’opérateur historique ?

Après une période tendue marquée par la préparation de l’ouverture à la concurrence, nous sommes revenus à des relations partenariales et apaisées aussi bien avec SNCF Voyageurs qu’avec SNCF Réseau ou Gares & Connexions. Nous sommes engagés ensemble dans un gros effort d’amélioration sur le matériel roulant sur la période 2022-2027, avec notamment des opérations d’entretien à mi-vie et l’adaptation d’une trentaine de machines à l’ERTMS, ainsi que l’acquisition par la Région de 16 rames Omneo pour la ligne Marseille – Toulon – Nice et une rénovation complète des rames de l’étoile de Nice. S’y ajoutent des investissements dans les centres de maintenance. Au total, la Région va consacrer 250 millions d’euros pour le lot 1 et à 75 millions sur le lot 2.

Nous améliorons aussi la qualité des lignes de desserte fine, à la suite de la signature d’une convention avec l’Etat concernant un programme de sauvegarde doté de 580 millions d’euros sur 10 ans, intégrant la ligne de la Côte bleue, la ligne Nice – Breil – Tende endommagée par la tempête Alex et l’étoile de Veynes. Les premières opérations viennent d’être lancées.

Enfin, nous avons également conclu un contrat de performance avec Gares & Connexions dans le but de moderniser les 144 gares de la région, en incluant le développement de services intermodaux (abris sécurisés pour les vélos, recharges pour les VAE…). Fin 2022, nous devrions avoir réalisé 80% des investissements relatifs aux abris à vélos.


Les travaux de modernisation du réseau sont en effet essentiels à la qualité de service. Où en êtes-vous sur Marseille – Aix ?

La modernisation de l’infrastructure est terminée sur la ligne Aix - Marseille – Val-de-Durance, dite MGA2. 200 millions d’euros ont été investis et nous avons désormais mis en place un cadencement au niveau d’un TER structurant. Nous allons maintenant avancer sur le projet de trains à batteries. L’électrification d’une portion de la ligne Marseille – Aix est suffisante pour permettre la circulation des futurs trains à batterie sur le reste de la ligne. Avec le président Renaud Muselier, nous sommes très attachés à ce projet qui consiste à transformer des rames AGC bi-mode en matériels 100% électriques. La région Sud s’est engagée dans ce projet aux cotés de quatre autres Régions, Auvergne Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, en partenariat avec la SNCF et Alstom. Les premières circulations devraient débuter en janvier 2024.

Si, comme nous l’espérons, nous sommes satisfaits des résultats, nous souhaitons étendre ce dispositif à d’autres lignes entre 2025 et 2027 : Marseille – Miramas par la Côte bleue et Avignon – Carpentras. Cela suppose de nouveaux investissements. Les enjeux climatiques sont importants puisque sur Aix – Marseille, l’exploitation des trains à batterie permettra d’éviter les émissions de 5 500 t de CO2 chaque année. Cette économie serait de l’ordre de 5000 t sur la Côte bleue et de 3300 t sur Avignon – Carpentras. Là comme ailleurs, l’importance et la rapidité de l’impact sont déterminants dans les choix que nous opérons.


Comment la ligne nouvelle Provence Côte d’Azur va-t-elle s’articuler avec le réseau TER ?

Si le TER est la colonne vertébrale de notre système de mobilité, la ligne nouvelle sera la colonne vertébrale de cette colonne vertébrale. L’ordonnance nécessaire à la constitution de l’établissement public paraîtra prochainement, la phase d’enquête publique vient de se terminer, et la DUP devrait intervenir pour la mi-2023. L’accord de pré-financement signé entre l’Etat et les différentes collectivités concernées acte la clé de répartition de 20% par l’Europe, 40% par l’Etat et 40% par les collectivités, pour un montant de 3,5 milliards d’euros sur les phases 1 et 2 du projet.

Les phases 1 et 2 s’étendent jusqu’en 2035, avec la desserte très attendue des métropoles, le traitement du nœud ferroviaire de Marseille, celui de Nice… qui permettront une amélioration très sensible du trafic. Cette ligne va permettre à la fois l’amélioration des mobilités du quotidien dans nos trois métropoles et leur interconnexion, mais plus généralement la connexion de l’arc méditerranéen de la Catalogne jusqu’à la Ligurie, et l’amélioration des liaisons vers le nord grâce au traitement du nœud ferroviaire de Marseille, que ce soit pour le transport de voyageurs mais aussi pour le fret ferroviaire.


Comment votre politique de mobilité se décline-t-elle sur le volet routier ?

L’ensemble des modes doivent être complémentaires et cohérents dans notre conception de l’intermodalité. La région compte six départements et 51 territoires qu’il convient de desservir en utilisant l’ensemble de la palette des mobilités. La route nécessite un certain nombre de projets structurants, à l’instar de la liaison Fos – Salon, que nous considérons comme une infrastructure d’intermodalité, grâce aux lignes de cars express qui vont être décarbonées. Idem pour le contournement d’Arles ou la liaison Est-Ouest autour d’Avignon. Nous intervenons également sur les infrastructures et la résolution des points noirs, comme à Barcelonnette, dans la vallée de l’Ubaye, les départements alpins et les territoires ruraux. Nous sommes partenaire à travers les contrats de plan Etat-Région, dont le dernier en date a été prolongé de deux ans, jusqu’en 2022.

D’autre part, nous poursuivons la transition énergétique des services d’autocar avec l’objectif d’un réseau ZOU ! bas carbone. Renaud Muselier avait d’ailleurs soutenu le lancement d’une expérimentation dès 2017 avec un véhicule biogaz sur les lignes Nice – Marseille, Avignon – Carpentras, Vaison-la-Romaine- Orange, et d’un car électrique sur Avignon - Arles. Avec l’ouverture de huit nouvelles lignes au biogaz en ce début d’année, le total des autocars décarbonés sera porté à 95 véhicules. Début 2023, l’intégralité des cars régionaux en circulation sur le 06 seront bas carbone, électriques ou biogaz.


L’intégration tarifaire et la billettique constituent également un levier d’attractivité du transport public. Comment avancez-vous sur ce sujet ?

Avec l’ouverture à la concurrence des TER, nous avons gros travail à mener sur la billettique. Du côté du réseau routier régional, la billettique légère sera totalement déployée à la fin 2022. Et l’achat de titres TER sera progressivement proposé sur le portail de l’appli ZOU ! Nous travaillons aussi sur les passes multimodaux dans les métropoles. Ils existent déjà pour celles d’Aix-Marseille et de Nice Côte d’Azur.

Pour favoriser l’intermodalité, nous sommes très actifs sur le développement des PEM. En décembre 2021, nous avons voté un nouveau cadre d’intervention nous permettant de participer à des projets de mobilité solidaires. Nous soutenons aussi l’autopartage, le covoiturage et les modes doux.


Comment s’est déroulée la généralisation des AOM aux communautés de communes dans votre Région ?

Sur la cinquantaine d’intercommunalités concernées, 15 ont souhaité que la Région soit autorité de substitution. Nous allons faire une proposition de répartition des bassins de mobilité. Une fois ces bassins validés, nous allons définir une stratégie et travailler sur un bouquet de services déclinables en fonction de la typologie des territoires. Tout cela dans une logique de co-construction.


La crise sanitaire a pesé sur les finances des collectivités. La Région Sud conserve-t-elle les moyens nécessaires à la réalisation de ses ambitions en matière de mobilité durable ?

L’équation financière est très difficile. Les coûts des services augmentent plus vite que les recettes, nous avons besoin de moyens pour répondre aux attentes de nos concitoyens, et nous devons faire face à de nouvelles sollicitations. Le ressort de nos décisions est toujours centré sur l’usager et sur la décarbonation des solutions de transport public.

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