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Marc DUCHENNE

Marc DUCHENNE

Directeur mobilités et développement durable de Nîmes métropole

Nîmes multiplie les accès au TER pour concurrencer la voiture

Mobily-Cités  : Nîmes Métropole est en pleine révision de son PDU. Quel est le  principal changement d’approche qui se dessine ?
Marc Duchenne : L’agglomération  de Nîmes se caractérise par une ville-centre densifiée et des  communes éloignées de cette ville- centre avec très peu de  continuité urbaine et des territoires très hétérogènes. Tout  l’enjeu de ce plan de mobilité va être de « spa- tialiser » les  objectifs à atteindre en fonction des territoires – ville- centre,  première couronne... Le défi reste d’aller chercher loin les habitants  en transport en commun.

L’étalement urbain incite l’agglomération à miser sur le développement des trains du quotidien...
Pour capter des usagers, il faut des transports en commun concurrentiels  à la voiture. Dans le périurbain, il n’y a pas mieux que le train  avec des temps de parcours de 10-15 minutes pour rejoindre le centre de  Nîmes contre 35-40 minutes en voiture... Et vous êtes certain d’être  à l’heure ! Un des objectifs du contournement de l’axe ferroviaire  Nîmes-Montpellier mis en service en 2017 était d’ailleurs de renforcer  l’offre de TER sur la ligne classique.

Quelles actions ont été mises en place pour inciter au report modal vers les TER ?
Nous avons obtenu une tarification urbaine pour les déplacements en TER  réalisés à l’intérieur de l’agglomération. Par ailleurs, Nîmes  est une étoile ferroviaire importante. Notre stratégie est de créer  des portes d'entrée supplémentaires sur ces lignes aux gares SNCF. Au  nord de l'agglomération, sur la ligne Nîmes-Alès, nous avons ainsi mis  en service un pôle d'échanges multimodal sur la commune de Fons. Cela a  créé un vrai usage puisque le taux d'occupation du parking est de  l'ordre de 90% aux heures de pointe. Sur la même ligne, un autre pôle  doit ouvrir dans les prochains mois à Saint-Geniès. Au sud, sur la ligne  Nîmes-Le-Grau-du-Roi, un nouveau est inauguré ce mois de septembre à  la gare de Générac. À l’est, il existe déjà un pôle d’échanges à  la gare LGV Nîmes Pont- du-Gard mise en service en 2019.

Où sont situés les autres pôles d’échanges en projet ?

L’un à l’est de Nîmes, en  direction d’Avignon sur la commune de Marguerittes. Il s’agit d’une  ligne de fret fermée aux voyageurs de- puis les années 70 qui doit  rouvrir à l’horizon 2025. L’autre pôle d’échanges sera situé à  l’ouest sur la commune de Milhaud qui va connaître un renouvellement  urbain et économique à l’horizon 2025-2030. Ce projet baptisé « Porte  ouest » sera implanté sur un ancien site militaire et industriel.

Le réseau urbain est structuré par deux lignes de tram’bus de 24 mètres qui ne cessent d’évoluer depuis leur création...
En effet, les travaux de prolongation de la ligne T2 - axe est-ouest -  sont en cours pour relier la gare SNCF à Paloma. Cela va per- mettre de  rouvrir des quartiers prioritaires. La ligne de BHNS des- sert déjà  les principales zones d’emplois comme la zone d’activités de  Saint-Césaire (7 000 emplois) et le CHU à l’ouest ainsi que deux  quartiers PNRU [Programme national de rénovation urbaine]. Nous avons  inauguré un P+R à l’ouest en 2020. Quant à la ligne T1 - axe nord-sud  - qui a été inaugurée en 2012, la dernière extension re- monte à  2019 : la ligne a été prolongée au sud sur la commune de Caissargues  pour desservir la ZA Euro 2000. Le parking-relais de 500 places, qui a  été implanté en bout de ligne, enregistre un taux d’occupation de  90%. Nous avons observé un véritable effet TCSP avec ces deux lignes  de BHNS puisque nous estimons que nous avons attiré 30% de nouveaux  usagers des transports en commun.

L’agglomération a obtenu la nouvelle certification "HQE infrastructures" pour la ligne de BHNS T2.
Quel est l’intérêt de ce "label" ?

C’est un outil de management environnemental qui nous a permis de  développer une compétence que nous pourrons appliquer à l’avenir à  d’autres projets d’infrastructure. Cette certification vient valider  notre gestion des travaux et des déchets liés au chantier, la  préservation d’un corridor de biodiversité et de l’eau, la maîtrise  du risque hydraulique, mais aussi le choix des matériaux ou encore la  gestion de l’éclairage. En outre comme nous avions intégré cette  démarche liée à la construction de la ligne T2 dès le début du pro-  jet, cela nous a permis d’en maîtriser les coûts.

L’agglomération souhaite également favoriser l’économie circulaire...
En effet, notre logique est de produire l’énergie que nous consom-  mons. Ainsi, l’agglomération doit inaugurer, en 2022, une usine de  production de biogaz à partir de la station d’épuration de Nîmes. En  pratique, le gaz produit ne viendra pas alimenter directement nos bus  car la production est éloignée du lieu de consommation, mais le biogaz  produit sera réinjecté dans le réseau national de GRDF. Dans le  même esprit, si nous choisissons dans le plan de mobilité de convertir  certaines lignes de bus à l’électrique, l’idée sera de produire  l’électricité que nous consommons. Par exemple, certains de nos  parkings-relais sont déjà équipés d’ombrières photovol- taïques...  Les arbitrages de ce plan de mobilité sont ainsi menés de concert  avec le plan climat air énergie territorial, l'élaboration des deux  documents devant être terminés fin 2022.

Quels sont les projets de l’agglomération pour développer l’usage du vélo ?
Le plan de mobilité en préparation est axé sur le rabattement vers  les pôles d’échanges multimodaux et les pôles d’attractivité de  l’ag- glomération comme les zones d’activités et commerciales et les  administrations. Nous projetons également de développer l’écomo-  bilité des collégiens et lycéens. Pour y parvenir, le budget vélo,  qui s’élève actuellement à 1 million d’euros par an, sera amené à  être réajusté en fonction des plans d’actions mis en place.

Comment avez-vous accompagné jusqu’ici l’engouement pour le vélo ?
Dès 2014, l’agglomération a mis en place un service de location  moyenne et longue durée de VAE avec des tarifs très incitatifs les  premiers mois et qui augmentent au fur et à mesure du temps afin  d’accroître la rotation des vélos - environ 600 sont loués en perma-  nence. Il s’agit d’une remise en selle pour faire découvrir le VAE qui  doit inciter les cyclistes à faire l’acquisition de leur propre vélo.  Nous avions ainsi mis en place pendant un an une aide à l’achat d’un  VAE de 250 euros cumulable avec celles de l’Etat et de la Région qui a  conquis plus de 700 personnes.

Quel bilan tirez-vous de l’usage de la plateforme de covoitu- rage créée avec le département du Gard ?
L’expérience n’a pas été concluante dans la mesure où les auto-  mobilistes n’ont pas été au rendez-vous malgré la promotion faite  pour ce service par les deux collectivités à travers les plans de mo-  bilité [ex-PDE]. Ce résultat est d’ailleurs confirmé par notre  enquête ménages qui montre que le covoiturage reste une "niche" : plus  de 50% des personnes interrogées ont répondu qu’elles n’étaient  absolument pas disposées à recourir à ce service. La pérennité de  ce modèle économique nous questionne également car les plate- formes  mises en place par des start-up sont aujourd’hui fortement  subventionnées par les collectivités...

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