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Pascal Leprettre

Pascal Leprettre

vice-président chargé des Mobilités à la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole

« En 2027, le réseau de tram sera étendu à l’ensemble de la Communauté urbaine »

Après avoir raccroché au réseau en 2019 les nouvelles communes adhérentes à la Métropole, les élus préparent l’étape suivante, une extension du tramway. En dépit des contraintes budgétaires, pas question de sacrifier l’offre en place, affirme Pascal Leprettre, l’élu chargé de la mobilité. L’efficacité du réseau sera donc au cœur de la future DSP, qui démarre en 2025.

Propos recueillis par Marc Fressoz


Mobily-Cités : En 2027 en principe, Le Havre et son agglomération compteront deux nouvelles lignes de tram. Dans quel but ?

Pascal Leprettre : L’une, de 3 kilomètres de long, est destinée à relier plusieurs endroits de la nouvelle communauté urbaine, qu’on appelle les quartiers sud, où il y a beaucoup d'étudiants, beaucoup de jeunes, un habitat très dense et où sont situés les Docks, avec des salles de congrès et de spectacle. Cette branche apportera une touche supplémentaire à la rénovation de ces quartiers. L'autre branche, de 10 km, va également desservir des lieux stratégiques. Elle passera non loin du stade Océane, devant l'université, elle va desservir Harfleur, qui est la troisième ville de l'agglomération, elle va desservir Montivilliers, qui en est la deuxième. Elle va également desservir l'hôpital Jacques Monod, l’un des grands employeurs de la communauté urbaine avec ses 5000 salariés. Alors que le tram est souvent un moyen de transport concentré dans la ville-centre, il va s’étendre à l’ensemble de la communauté urbaine. Selon les études, la fréquentation devrait être d’environ 10 000 voyages par jour en moyenne. Le budget de construction de la ligne avec ses deux branches est évalué à 340 M€.


Ces deux lignes vont donc contribuer à mieux desservir le nouveau territoire de la Métropole ?

Montivilliers et Harfleur faisaient partie de l'ancienne communauté d’agglomération, avant la fusion qui nous a conduit à passer de 17 à 54 communes depuis 2019. Il s’agit aussi d’intégrer des territoires périurbains où il y a beaucoup de monde qui vient travailler au Havre. Dans le cadre cette ligne de tram, on accordera une importance particulière aux parcs relais de façon à pouvoir faire du rabattement et que la ligne de tram soit utilisée au mieux.


Comment la Métropole va-t-elle boucler le financement de cet investissement de 340 M€?

L’Etat a d’ores et déjà garanti 40 M€ de financement à travers le plan de relance. La Région et la Communauté urbaine compléteront le budget. Nous avons procédé à une augmentation tarifaire l'été dernier, mais elle n’est pas liée à l'extension du tramway. Elle est destinée à couvrir des frais d'exploitation qui sont en hausse, alors qu’il n'y avait pas eu d'augmentation pendant plusieurs années.


En 2012, Le Havre inaugurait sa première de tramway. Quel bilan en tirez-vous ?

Cette première ligne a complètement modifié l'approche des Havrais vis-à-vis de la mobilité. Autant il y avait des réticences au départ en raison des travaux, autant le tram été très rapidement adopté. Il a fait décoller le transport public et assure presque 50% de la fréquentation journalière. Il y a une montée en puissance très rapide de la fréquentation.


Avez-vous retrouvé le trafic de 2019 ?

Après une baisse significative en 2020, nous avons progressé de 7,5% en 2021 et la fréquentation représente 90 % du trafic de 2019. Elle progresse régulièrement, mais il se peut que les services de trottinettes en location qui fonctionnent bien dans le centre-ville enlèvent un peu de voyages dans le tram. Notre délégataire Transdev estime qu’une partie des utilisateurs de trottinettes combine les deux mobilités.


Dans la prochaine DSP, qui démarrera en 2025, vous souhaitez d’ailleurs intégrer de façon plus importante les nouvelles mobilités et les modes actifs. De quelle façon ?

Parmi les nouvelles offres que nous venons de déployer, le vélo fonctionne très bien. Le service de location de vélos verts et jaunes, aux couleurs de la communauté urbaine, totalise 1300 vélos, dont 800 en version électrique. 500 vélos supplémentaires vont arriver car la demande est forte. Dans la commune de Rolleville, dont je suis maire, je vois passer beaucoup de vélos, ce qui n'était pas habituel avant.

Nous avons un plan vélo qui va s'étaler de 2023 à 2030 avec 50 M€ d’investissements sur la totalité du territoire de la communauté urbaine. Certaines coronapistes ont été pérennisées, et nous travaillons maintenant pour relier quelques grands centres à des villes comme Octeville, qui n'est pas très loin du terminus du tram. Une très belle piste cyclable y a été réalisée. Nous venons aussi de relier Octeville à Montivilliers. Cette année, on va travailler sur Étretat et également sur des communes plus éloignées. Des liaisons permettront de relier les villages de la Remuée et Gommerville aux deux collèges qui sont à Criquetot-l’Esneval et à Saint-Martin-de-Colebosc. Ce site propre pourrait être utilisé par des collégiens.


Plus globalement, quelles orientations entendez-vous donner dans le développement du réseau dans la prochaine DSP ?

Nous voulons un réseau performant. Nous avons un objectif à caractère économique qui vise à ce que le maximum de zones où il y a de l'habitat ou de l'activité soient desservies au mieux. Et nous visons aussi un objectif social, la mobilité pour toutes les catégories de citoyens. Le Havre a développé un service baptisé mobile MobiFil pour les personnes à mobilité réduite. Nous voulons également travailler dans le sens du développement durable en limitant au maximum les émissions de gaz à effet de serre. Cela passe aussi par la diminution du trafic automobile en ville, moins pour réduire la congestion, car on y circule plutôt bien, que pour réduire la pollution. La DSP doit aussi coller au futur Plan local d’urbanisme intercommunautaire, qui est en train de se dessiner.


Comment envisagez-vous de rapprocher les transports urbains du TER ?

Le réseau de transport en commun et la gare sont bien connectés, puisque les lignes actuelles y passent, et les deux futures lignes de tram la desserviront aussi. La ligne ferroviaire Rolleville-Le Havre, qui traverse une partie de l’agglomération, rencontre des difficultés pour s'intégrer sur la ligne Paris-Le Havre, car il n'existe pas de sillons disponibles. Nous avons deux gares, Saint-Laurent-Gainneville et Etainhus Saint-Romain, situées sur la ligne Paris - Le Havre et plutôt bien desservies.


Comment envisagez-vous de faire face à la l'explosion de la facture d’énergétique ? Avec une réduction de l’offre ?

Pour l'instant, nous n'avons pas touché au budget transport, ni d’ailleurs à celui de la communauté urbaine en dépit de la difficulté à couvrir ces augmentations. Il existe une grande attente de la part de la population, et de la part des maires des communes qui sont entrés dans la nouvelle communauté urbaine. Le transport constituait une de leurs principales priorités. La communauté urbaine a été créée en décembre 2019, et dès le premier semestre 2020 est apparu un transport à la demande. 4 lignes structurantes ont été mises en place en juillet 2020, avec des bus dotés de racks à vélo. Toucher à cette offre ne paraît pas possible. La communauté urbaine recherche d'autres leviers d'économie.


Enfin, pour attirer plus de voyageurs sur le réseau n’y aurait-il pas un travail d’amélioration à faire sur l’information voyageurs ? Sur les abris par exemple, les plans du réseau, très denses, sont accrochés très bas et donc quasiment indéchiffrables.

Il est vrai que lorsqu'on connaît bien le territoire, on a tendance à oublier cet aspect. On voit bien que lorsqu'on n'a pas l'habitude des transports en commun, les premiers pas sont toujours difficiles. A la campagne, cela ne fait pas partie de nos habitudes, bon nombre de concitoyens ont besoin d'être rassurés pour savoir où ils achètent leur ticket, où ils doivent descendre. C'est complexe et moi-même, lorsque j'ai pris mes fonctions, il a fallu me familiariser avec un système de lignes de transport public, de transport scolaire de transport à la demande. Rendre l’information des voyageurs la plus lisible possible est un aspect que nous devrons prendre en compte dans la prochaine DSP.

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