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PAUL VIDAL

PAUL VIDAL

CONSEILLER RÉGIONAL AUVERGNE-RHÔNE-ALPES DÉLÉGUÉ AU TRANSPORT SCOLAIRE ET INTERURBAIN

En Auvergne Rhône-Alpes, les transports représentent près de la moitié des dépenses de fonctionnement, et la Région doit poursuivre son effort pour développer une offre sur l’ensemble de son territoire. Pour Paul Vidal, ce déploiement passera forcément par une meilleure articulation des modes lords et du transport routier de voyageurs.

Propos recueillis par Sandrine Garnier


Mobily-Cités : Vous êtes plus spécifiquement en charge des transports routiers. Certains considèrent le train comme la panacée, tandis que la route fait figure de repoussoir. Qu’en pensez-vous ?

Paul Vidal : Le ferroviaire reste le mode le plus efficace pour le mass-transit, mais il est impossible de déployer des voies ferrées partout. Un développement massif du ferroviaire ne serait pas économiquement soutenable pour les Régions, qui financent déjà fortement le réseau. En Auvergne- Rhône-Alpes, avec près de 1,2 Md€ pour 2022, les transports, avec 520 M€ pour le TER et 620 M€ pour le transport scolaire et interurbain, représentent déjà quasiment 50% de nos dépenses de fonctionnement. Côté investissement, avec 270 M€, les transports représentent également notre 2e poste d’investissements derrière l’enseignement et devant l’action économique.

Il faut adapter les modes à la demande. Nous devons travailler sur la hiérarchisation des réseaux et leur complémentarité, et favoriser l’intermodalité en évitant au maximum les ruptures de charge. Prenons l’exemple de la ligne routière Annonay – Lyon : elle offre un service de qualité et fonctionne très bien. Réduire le trajet en car pour organiser un rabattement sur le TER risquerait de nuire à son attractivité du fait de la rupture de charge.


Le vélo fait également partie des solutions de rabattement.

L’intermodalité vélo/TER ou vélo/autocar est en effet une piste intéressante, et pas seulement pour le rabattement. L’emport des vélos sur la ligne routière entre la station de La Rosière et Bourg

Saint-Maurice permet à certains cyclistes de loisir de s’épargner l’ascension, mais elle peut aussi encourager l’usage du vélo pour des trajets du quotidien.

Nous avons développé un Plan cyclable régional avec de véritables itinéraires sécurisés, car il faut avant tout garantir la sécurité des cyclistes, spécialement dans les zones peu denses.


Quel est le bilan de la généralisation des AOM voulue par la LOM dans votre Région ?

La Région Auvergne Rhône Alpes a pris le parti de conserver autant que possible la compétence mobilité. J’ai organisé 130 réunions avec les 107 communautés de communes du territoire afin d’expliquer notre démarche. Il ne s’agit pas pour les élus régionaux de gérer l’ensemble des mobilités depuis Lyon, mais de conserver au niveau régional la gestion des mobilités structurantes.

En revanche, tout ce qui touche aux mobilités locales, les modes doux et actifs est traité au niveau des communautés de communes. La loi ne permettant pas à la Région de lever de Versement Mobilité, les entreprises, implantées dans les territoires des 95 Communautés de communes où la Région est AOM locale, ne sont pas soumises à cet impôt.


Vous n’êtes donc pas favorable à l’instauration d’un VM régional ?

La France est déjà championne des prélèvements obligatoires, n’est pas le moment de rajouter de la fiscalité. Plutôt que de se lancer dans des débats sans fin sur le niveau de VM additionnel ou interstitiel à adopter, il vaudrait sans doute mieux simplifier la fiscalité des entreprises. Une évaluation de la LOM est prévue en 2023. 


Faudrait-il aller plus loin, selon vous ?

Nous avons besoin de temps pour appliquer les réformes et les évolutions législatives. Avec la loi NOTRe, les Régions ont récupéré la compétence transport des départements. La loi LOM a suivi de trop près. Nous avons besoin d’une pause législative. En effet, nous n’avons pas encore terminé le vaste chantier d’harmonisation des tarifs. Notre région compte 11 départements, et chacun avait adopté sa propre grille tarifaire.


Disposez-vous des outils et des moyens nécessaires au développement d’une offre de mobilité en zone peu dense ? Ne risque-t-on pas de voir s’accentuer la fracture territoriale ?

Si on ne réussit pas à construire une offre de mobilité dans les territoires peu denses, on prend le risque de la paupérisation. Quand il n’y a plus de transports, il n’y a plus d’activité économique, plus d’emploi, plus de commerces ni de services, les familles déménagent et les classes ferment faute d’élèves… c’est un cercle infernal que beaucoup d’élus connaissent et redoutent. A contrario, partout où nous ouvrons des lignes de transports publics, les prix de l’immobilier s’envolent, ce qui pousse une partie des ménages à s’installer toujours plus loin… Il est bien évident que la question ne se résume pas à la seule politique des transports.

En Auvergne Rhône-Alpes, nous avons demandé au Conseil économique social et environnemental régional de se pencher sur la question des mobilités en zones peu denses afin d’associer l’ensemble du corps social à notre réflexion. Parallèlement, nous menons un travail de prospective à 2035, en associant les usagers, les entreprises, les professionnels du transport et les élus locaux. Nous avons besoin de définir une vision de long terme à laquelle nous référer collectivement.


Dans son rapport, le CESER préconise un droit à l’expérimentation pour les zones peu denses. Quelles sont, selon vous, les solutions à retenir ?

Les territoires peu denses ont aussi le droit à l’innovation. J’en veux pour preuve l’expérimentation de navette autonome menée dans la Drôme entre la gare de Crest et l’écosite du Val de Drôme, à Eurre. Il s’agit d’une offre de rabattement de qualité, qui était assurée auparavant par du transport à la demande. Le service a fait la démonstration de sa pertinence. Ma position, c’est que ce type de solution a de l’avenir pour par exemple desservir des centres bourg. Cela ne veut pas dire que nous devons déployer des navettes autonomes partout, mais c’est une piste intéressante et valorisante pour le transport public. Nous avons également développé la plateforme régionale de covoiturage régionale Mov’ici. La voiture, qui représente 85% des déplacements, est le mode majoritaire en zone peu dense et représente un fort potentiel d’optimisation, en augmentant tout simplement le nombre de passagers par véhicule.


La rentrée a été difficile pour le transport routier de voyageurs, confronté à une pénurie de conducteurs et à la hausse des prix des carburant. Les professionnels ont appelé la Région Auvergne Rhône-Alpes à faire évoluer les modalités de ses contrats. Où en sont les choses à présent ?

A la demande de la profession, la Région a fait évoluer ses contrats. Ainsi, il y a désormais une seule formule de révision harmonisée, valable dans tous les départements et pour tous les nouveaux contrats à compter de 2022. Elle comporte un indice défini par le Comité National Routier (CNR) qui répond à la demande de la profession. Concernant la hausse des carburants, je pense que l’Etat pourrait mettre en oeuvre un bouclier énergétique pour le secteur indispensable

qu’est celui du transport de voyageurs. Je reste bien évidemment en contact permanent avec la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs (FNTV).


La Région a lancé un appel d’offres pour le rétrofit hydrogène d’une quinzaine de cars. Un prototype est présenté à Autocar Expo. Quelles seront les prochaines étapes du projet ?

Il s’agit de créer les conditions de mise en place des écosystèmes (électrolyseurs, stations et véhicules) permettant le déploiement de cette technologie. Il est nécessaire de porter notre effort de manière coordonnée suivant ces 3 axes si on veut aboutir. C’est toute la complexité du démarrage pour ne pas perdre de temps sans brûler des étapes. J’ai la conviction que c’est le rôle du secteur public d’investir pour aider les projets à devenir matures et ainsi initier les changements de société. Les entreprises privées peuvent ensuite s’appuyer sur ces retours d’expérience et les dispositifs mis en place afin d’opérer les changements technologiques

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