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Philippe BIHAN

Philippe BIHAN

Président de SOFIBHAN

"Aujourd'hui Réseau grand ouest Mobilités, c'est presque 500 véhicules et 600 salariés "


Très attachée à son territoire, la PME nord finistérienne n’en mène pas moins une stratégie de conquête qui l’amène jusque dans le sud-ouest. Mais c’est en tant qu’actionnaire depuis 2008 d’un groupement d’autocaristes indépendants qu’elle agit. Le patron d’autocars Bihan en raconte les derniers développement, tout en expliquant comment l’entreprise a traversé la crise.

Mobily-Cités : Les autocars Bihan fêteront leurs 100 ans en 2029. Quel est le secret de longévité?
Philippe Bihan :
C'est évidemment la continuité entre mon grand-père et nous, la nouvelle génération. Seules ses deux filles n’ont pas continué dans la famille. Je fais partie de la troisième génération qui a racheté toutes les parts des garçons. Je travaille avec mon cousin Joël et mon frère Daniel. Depuis quatre à cinq ans, la quatrième génération nous a rejoints avec ma fille Mélanie, mon fils Nicolas et mon neveu Romain. C’est une entreprise familiale où tout le monde est à sa place. Notre atout par rapport à un grand groupe, c'est d'être proche du territoire. On connaît tout le monde sur le territoire. Les grands groupes ont des compétences certaines mais la proximité, c'est l'apanage des entreprises locales.

Vous êtes implanté sur un territoire très précis...
Notre région, c’est le nord Finistère entre Lannilis, Brest et notre spécialité, le transport public interurbain qui représente 65 % de notre activité, tandis que le transport urbain 15% et l'activité occasionnelle pèsent 20%. La société compte à peu près 65 conducteurs, 55 véhicules environ et 6 millions d’euros de chiffre d'affaires.

Les trois majors ne vous ont jamais fait d’avances pour vous racheter ?
Si demain je leur passe un coup de fil, je pense qu’ils pourraient être intéressés. On fait partie des entreprises cibles avec une grosse activité de transport public et des contrats qui durent encore quelques années, sauf que ce n'est pas du tout dans nos projets. On verra avec les enfants plus tard, s’ils veulent continuer dans ce métier-là mais aujourd’hui il n’y a aucun doute.

Face à la crise des conducteurs, comment vous débrouillez-vous ?
Si j'avais une recette miracle, je l'aurais partagée avec mes confrères. On est dans une période compliquée avec une reprise importante en sortie de Covid. Quand ça peine en haut, ça peine en bas encore plus : en tant que PME, on souffre encore plus que les autres. On est en concurrence avec d’autres métiers où il y a aussi un manque important. Pendant la crise sanitaire, on a fait en sorte de préserver l'activité de nos conducteurs en donnant le maximum de travail qu'on a pu pour éviter que les gens s'en aillent en activité partielle comme en 2020 où 90% de l'activité était à l’arrêt. Cela n’empêche pas que pendant le re- confinement, dans les familles, la femme, les enfants ont pu avoir des envies de changement, de réfléchir à une autre existence. L'année 2022 risque d’être encore un peu chaotique mais cela va finir par rentrer dans l’ordre.

Les salaires, n'est-ce pas un levier pour attirer et garder les conducteurs ?
C'est un levier. J'estime personnellement que les conducteurs ne sont pas très bien payés. Mon chiffre d'affaires vient à 80% des collectivités, cela signifie qu'on peut faire des avenants dans le cadre de contrats de 7 à 8 ans qui comportent des clauses de révision des indices de salaires. Mais si par exemple on augmente nos salariés de 5% alors que la convention collective fixe la hausse à 2%, les 3 % d’écart ne seront pas couverts par le contrat avec la collectivité. Ce sera pour nous sachant que la masse salariale dans le transport, c’est à peu près 50% du prix. Ça peut aller vite. Si ces augmentations ne sont pas accompagnées par nos clients, c'est-à-dire les régions, les métropoles, cela peut mettre l'entreprise en difficulté.

Avoir des clients publics vous va-t-il permis de mieux passer la crise ?
Ils nous ont permis d’éviter de faire de l'activité partielle. Pour moi, c'était important. Mais l'entreprise a quand même subi de plein fouet le manque de chiffre d'affaires, notamment dans l’occasionnel mais également dans les délégations de services publics où nous sommes quand même liées aux recettes. On a des charges et des recettes et la collectivité compense la différence, sauf que durant le Covid, nos recettes ont fondu comme neige au soleil. Il faut garder la tête hors de l'eau. On va essayer de s'en sortir en négociant avec les collectivités pour 2022, avec lesquels on a toujours eu une façon intelligente de travailler. On sera assez grand pour redistribuer aux collectivités l'effort qu'elles font de nous accompagner.

Qu'avez-vous au programme en termes d'investissement et de transition énergétique ?
Nous sommes au bout de la terre, dans un département qui n’est pas parmi les mieux lotis en termes d'infrastructures, même si Brest inaugure sa première station de bio GNV. On va recevoir avec deux confrères les nouveaux bus au gaz à la fin de l'année pour rouler au bio GNV. Pour la partie transport routier, tant qu'on n'a pas l'infrastructure, c’est difficile d'évoluer. Je ne crois pas beaucoup à l’électrique. Comment fait-on pour recharger tous les véhicules en même temps ? En revanche, je crois beaucoup en l'hydrogène, mais il n'y a pas d'offres. Il faut se donner le temps pour le mettre en place et le rendre abordable, car au final, c’est le contribuable qui paiera le surplus. Je pense qu'il faut être un peu réaliste. On a déjà fait le renouvellement de tous les diesels datant de Mathusalem, de 15 à 20 ans d’âge, l’euro 6e vient de sortir et c’est à mon avis déjà un bel effort de transition énergétique.

Avez-vous des projets d'acquisition ?
Nous sommes bien comme on est. L'entreprise va bien malgré ce qu’on a traversé. Nous sommes sur un territoire qui est intéressant, qui bouge bien, qui est dynamique avec des élus qui veulent faire des choses et avec lesquels les relations se passent bien. Nous n’avons pas en tête de faire de la croissance pour la croissance. On travaille plutôt sur notre performance, sur la performance plutôt que sur un développement en croissance externe.

Cela dit, vous participez au groupement Région grand ouest Mobilités (RGO) en sortant un peu de votre territoire jusqu’à Toulouse...
Effectivement, nous sommes un des actionnaires du Réseau du Grand ouest. Je ne sors pas de mon territoire tout seul, mais avec d'autres autocaristes.

Rappelez-nous l'objet de RGO, c'était de reprendre des entreprises sans successeurs ?
Au départ, c’était des membres du réseau Réunir dont je fais partie avec d’autres membres de l’association. On a commencé à y réfléchir en 2007 et cela a débuté en 2008. Nous avons repris une première entreprise du côté de Rennes, un membre de Réunir qui souhaitait prendre sa retraite, mais qui ne voulait pas revendre à un groupe national. Il nous a donc proposé qu'on le rachète collégialement. On a racheté une entreprise, puis deux, puis trois, puis quatre. Aujourd’hui, RGO Mobilités, c'est presque 500 véhicules et 600 salariés. On est surtout présents en Ille-et-Vilaine, un petit peu sur les Côtes d'Armor, également en Haute-Garonne sur Toulouse où on a racheté les cars Negoti. Nous sommes également implanté dans le Loir-et-Cher.

RGO c'est un rempart contre les grands ?
C'est l'occasion de montrer qu'on peut s'associer et faire de belles choses. Chacun essaie de participer autant que faire se peut à la vie du groupement. Pour moi, c'est un plaisir de travailler avec des confrères. On a mis en place une structure, on se voit tous les mois et j’essaie de donner un coup de main quand il y a besoin. Le groupement ne se traduit pas systématiquement par des commandes groupées de véhicules étant donnés qu'on a chacun des contraintes différentes liées à nos territoire. Mais on essaie tout de même d'avoir une politique d'achat cohérente et de rendre service quand on a un membre ou un actionnaire qui a besoin de véhicule.

Aller sur les plates-bandes d’autres confrères indépendants a dû déranger, l’aviez-vous anticipé ?
Au début, cela peut choquer de voir des Bretons, des gens du Grand Ouest arriver en Occitanie. Mais quand on explique bien la raison, cela passe mieux. La famille Négoti on la connaît bien. Etienne Miquel l’ancien dirigeant m'a fait rentrer chez Réunir. J'ai travaillé longtemps avec sa femme au conseil d'administration de Réunir. On ne pouvait pas les laisser dans une situation économique complexe. On est venus à leur secours en les rachetant, conjointement avec les cars Barrière et les cars Boubée qui sont avec nous sur le projet.

Est-ce que cette association d’indépendants a porté ses fruits à Toulouse ?
On a eu l'occasion de voir le directeur de Tisséo à Toulouse. Il est plutôt satisfait de nous. Il nous a attribué une des lignes 100% en gaz du réseau. C'est encourageant de voir que les grands réseaux sont capables de donner des belles lignes à des PME.

Un message à faire passer ?

J'ai toujours autant de plaisir à venir au travail, je fais un beau métier. La situation est complexe aujourd'hui, notamment en matière de recrutement. On va faire le dos rond pendant un an peut être un peu plus avec l'envie de repartir, de découvrir le monde, de faire le travail que nous aimons. On a besoin collégialement de tous (l'État, régions, métropoles, collectivités et de tous nos clients) pour passer l'orage.

Encore une question, votre souhait pour la présidentielle ?
Franchement, la stabilité est peut-être la solution. Je pense que la France n'est pas à gauche, n'est pas à droite, elle est plutôt au
centre et je souhaite que le prochain président soit un rassembleur pour faire avancer la France tous ensemble.

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