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Philippe Pradal

Philippe Pradal

Président de la Régie ligne d’Azur, et délégué de la Métropole Nice Côte d’Azur aux Finances, aux Ressources Humaines et aux transports métropolitains

« Notre politique est d’inciter plutôt que de contraindre »

3eadjoint au Maire de Nice, délégué aux Finances, aux Ressources Humaines, à la Mobilité et aux Bâtiments communaux, Président délégué de la Métropole Nice Côte d’Azur aux Finances, aux Ressources Humaines et aux transports métropolitains, Philippe Pradal revient sur le développement du réseau de tramway, mais aussi sur l’offre de transports doux et la mobilité électrique. Il évoque également les attentes de la 5e métropole de France vis-à-vis de la Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur, et l’accompagnement des Niçois dans la mise en œuvre de la ZFE.


Propos recueillis par Sandrine Garnier


Mobily-Cités : Quinze ans après le lancement de la 1re ligne, le réseau de tramway poursuit son extension. Comment cet équipement accompagne-t-il le développement de la métropole Nice Côte d’Azur ?

Philippe Pradal : Les lignes de Tramway sont le cœur de notre réseau de transport métropolitain. Elles relient les axes stratégiques de la Métropole :

  • La ligne 1 du Tramway a permis à nos concitoyens d’intégrer le tramway dans leurs déplacements. Elle relie Nice Nord à Nice Est et en passant par plusieurs points névralgiques du centre-ville : la gare Thiers, l’avenue Jean-Médecin, la place Masséna, le Vieux-Nice, la place Garibaldi, le futur palais des Arts et de la Culture. En 2013 elle a fait l’objet d’une extension pour la desserte stratégique de l’Hôpital Pasteur II. Elle relie donc Pont Michel à Pasteur.

  • La ligne 2 du Tramway Ouest-Est a révolutionné les déplacements en transport en commun sur l’axe de l’avenue de la Californie/boulevard René Cassin qui était saturé en bus. Elle relie désormais l’aéroport et le CADAM au port de Nice en passant par plusieurs bassins d’emplois du centre-ville.

  • La ligne 3 du Tramway relie l’aéroport à Saint-Isidore en desservant les pôles majeurs de l’Eco-Vallée et fait le lien entre le réseau de tramway et les Chemins de Fer de Provence à Saint-Isidore.

  • La ligne 4 du Tramway diminuera les flux d’ouest en est de la Métropole et renforcera l’attractivité du territoire grâce à la desserte de principaux pôles économiques que sont l’aéroport, l’Arénas, l’Institut Arnault Tzanck, le quartier des Vespins et de la gare de Saint-Laurent-du-Var, le centre commercial Cap 3000, l’hippodrome, le centre-ville de Cagnes-sur-Mer et les équipements de proximité.

  • La ligne 5 du Tramway désengorgera la vallée du Paillon en reliant le futur Palais des Arts et de la Culture à Drap, en 25 minutes, en passant par l’Ariane et la Trinité. Ce sera une révolution pour les 50 000 habitants concernés qui peuvent aujourd’hui mettre jusqu’à une heure pour accéder au centre-ville de Nice.

Nos lignes de tramway réduisent les émissions carbones des déplacements. Ce sont des outils au service de la transition écologique qui concourent à atteindre les objectifs de notre plan climat qui prévoit une baisse de 55% des émissions de gaz à effet de serre sur notre territoire d’ici 2030. Les lignes de tramway permettent de diminuer la pollution et le bruit, elles apportent donc un cadre de vie plus apaisé contribuant à améliorer la qualité de l’air. Plus de mobilité, d’innovation et d’accessibilité, c’est plus de dynamisme et d’activités pour nos entreprises et nos commerces.


Vous avez lancé un projet de téléphérique pour relier Saint-Laurent-du-Var. Cette solution est donc préférable au tramway ?

Le développement du maillage du réseau de transport métropolitain se diversifie avec le téléphérique reliant Nice à Saint-Laurent-du-Var. Ce nouveau moyen de transport, en complémentarité avec les autres, s’intègre dans notre politique de renforcement des mobilités douces et de décarbonation globale que Christian Estrosi mène depuis 2008. Ce projet innovant propose une offre de transport nouvelle pour désengorger le trafic routier, franchir le Var et relier le centre-ville de Saint-Laurent-du-Var au quartier Nice Méridia, au cœur de l’Eco-Vallée, en quelques minutes, avec une fréquence de 4min30 entre chaque cabine. Il sera en interconnexion avec la ligne 2 du tramway à la station CADAM. Un parking relais sera également créé au niveau de la mairie de Saint-Laurent-du-Var afin de favoriser l’intermodalité.

Nous avons fait le choix du téléphérique, car contrairement à une prolongation de la ligne 2 du tramway, le téléphérique permet de franchir le Var sans réaliser de viaduc et donc sans impacter la formidable biodiversité présente dans le lit du Var, site classé Natura 2000. Ce type de transport aérien n’impacte, en effet, que très faiblement le sol et nécessite uniquement la construction de deux pylônes et deux stations de part et d’autre des rives du Var.

De plus, ce choix a été largement plébiscité par les Laurentins et les Niçois. Lors de la concertation publique organisée en septembre 2021, 67% se sont exprimés en faveur d’un téléphérique. Nous avons en parallèle lancé un projet de ligne 4 du Tramway reliant Nice à Cagnes-sur-Mer en passant par Saint-Laurent-du-Var par le pont Napoléon III, déjà existant.


Vous avez opté dès 2009 pour le vélo, et pour l’autopartage électrique en 2010. Aujourd’hui, vous multipliez les projets de mobilité hydrogène. Cet engagement suffit-il à convaincre les Niçois de laisser leur voiture (thermique) au garage ? La mise en place de la ZFE ne risque-t-elle pas de produire de l’exclusion ?

Depuis 2008, notre politique est d’inciter plutôt que de contraindre en faisant cohabiter l’ensemble des mobilités : voitures, transports en commun, vélos, piétons... Nous avons réussi à changer les habitudes de déplacements des Niçois avec par exemple la ligne 2 du tramway qui a permis de supprimer l’entrée de 20 000 voitures par jour sur la Promenade des Anglais. Les Niçois changent leurs habitudes quand ils ont une alternative innovante et performante comme le tramway.

La Zone à Faible Emission-mobilité que nous venons d’appliquer depuis le 31 janvier dernier vise tout d’abord à mettre fin au trafic de poids-lourds polluants dans le centre-ville de Nice, avant de concerner les véhicules particuliers les plus polluants dès 2023. D’ici la mise en place de l’interdiction de circulation pour les véhicules polluants de crit’Air 5 en 2023, nous avons souhaité créer un nouvel outil d’aide à la transition. C’est pourquoi nous avons mis en place en 2021, une prime à la conversion de 1 000 euros pour la mise au rebut des véhicules thermiques de Crit’air 4 et 5, afin d’anticiper les mesures de la zone à faibles émissions planifiée par l’Etat. Cette prime est cumulable aux autres aides existantes : aide à l’achat d’un véhicule électrique qui peut aller jusqu’à 5000 euros, 400 euros pour un vélo à assistance électrique ou un scooter électrique. Ce qui veut dire qu’une personne répondant à certains critères de revenus peut bénéficier de 6 000€ pour l’achat d’une voiture électrique, sans compter l’aide de l’Etat pouvant aller jusqu’à 12 000 € et 1 400€ pour l’achat d’un vélo à assistance électrique ou scooter électrique.

Pour faciliter la conversion vers la mobilité électrique ou hybride, 325 points de charge public sont actuellement répartis sur l’ensemble du territoire de la Métropole. L’objectif est de doubler ce nombre avec 600 points de charge, majoritairement accélérés pour 2025, ainsi que 166 points en autopartage et 20 destinés aux taxis.


Vous avez été également parmi les pionniers du NFC. Où en est à présent le développement du sans contact dans les transports ?

En 2010, nous avons été la première collectivité en Europe à proposer une solution de billettique mobile NFC SIM en 2010. Cette démarche visionnaire et volontariste s’est poursuivie en 2016, puisque nous avons été le premier territoire français à adopter le NFC HCE, en anticipation de l’obsolescence du système du NFC SIM. Depuis 2020 nous proposons une solution M-ticket sur IOS.

Le téléphone est aujourd’hui l’objet que chacun possède, plus encore qu’une carte bancaire, car il permet de répondre aux attentes des usagers en effectuant un achat simplement, en tout lieu, 24/7, en toute sécurité. Tout client ayant un mobile doit pouvoir accéder facilement à l’offre de mobilité.

Preuve de son succès, 180 000 Niçois et habitants de la Métropole ont utilisé cette technologie. La billettique mobile représente déjà une part significative des ventes de titres du réseau et nous allons continuer son déploiement pour qu’elle représente 30% des recettes commerciales.

Pour aller plus loin encore, mes équipes de la Régie Ligne d’Azur, sont mobilisées sur deux évolutions majeures : le lancement d’un service de rechargement des cartes via mobile et d’un compte mobilité qui regroupera à terme l’ensemble des solutions de mobilités sur une plateforme de services unifiée.


Avez-vous également des projets en matière de véhicule autonome ?

Nous soutenons l’Institut Méditerranéen du Risque, de l’Environnement et du Développement Durable (IMREDD) dans sa démarche, engagée avec l’entreprise française Milla, de développement d’une voiture 100% électrique et autonome, la navette « Milla Pod ». Celle-ci permettra de transporter jusqu’à six personnes à une vitesse maximale de 50 km/h avec une autonomie de 100 km. Sa mise en œuvre, sous forme d’expérimentation, se fera sur la zone industrielle de Carros-Le Broc.

La Métropole soutient également le projet REVA 2, qui consiste en la mise en place de véhicules autonomes électriques à la demande. Une bande bleue thermocollée sur la chaussée et pourvue de puces RFID, permettra un guidage optique des véhicules et un repérage permanent grâce une connexion à un système de management central. Il est prévu l’expérimentation de six véhicules pendant trois mois à Cagnes-sur-Mer puis à Nice et, si l’expérimentation est concluante, REVA 2 viendra compléter l’offre de transport à la demande via une application mobile.


Qu’attendez-vous du projet ferroviaire LNPCA ? S’agit-il d’une opportunité pour les déplacements périurbains ?

La Ligne Nouvelle Provence Côte d'Azur est une nécessité pour notre région. C’est un axe de mobilité structurant de notre territoire desservant quatre millions d’habitants vivant dans les 3 métropoles : Nice, Marseille et Toulon. Il est essentiel d’avoir une offre performante sur cet axe. C’est pourquoi Christian Estrosi et Renaud Muselier ont relancé ce dossier qui traînait depuis 2005 ! L’enquête publique ayant pour but de recueillir les avis de tous s’est terminée le 28 février 2022.

La Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur nous permettra d’améliorer l’offre de TER dont la pertinence est avérée, 270 trains y circulent par jour, nous sommes la région qui emprunte le plus les TER après l’Ile-de-France !

Nous créons les infrastructures pour développer l’intermodalité directement à la sortie des gares. A la Gare Thiers, vous pouvez prendre les lignes 1 et 2 du Tramway en quelques minutes à pied, vous avez un parking à vélos sécurisé de 180 places, gratuit pour les abonnés de notre réseau Lignes d’Azur ou du réseau ZOU !

Au-delà des trains du quotidien, nous devons connecter la Métropole Nice Côte d’Azur au réseau ferré à grande vitesse et réduire les temps de parcours avec les autres grandes métropoles. Il n’est pas acceptable que Nice, la 5e ville de France, soit à 6 heures de train de Paris.

Un réseau de trains du quotidien plus performant et fiable, c’est une réduction de la part modale de la voiture, nous en avons grandement besoin compte tenu de la saturation routière et de la pollution induite.

La Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur contribuera à renforcer l’activité économique en desservant les principaux pôles économiques de notre territoire et ceux à venir tels que les quartiers du Grand Arénas, avec le futur Palais des Congrès, ou encore la technopole urbaine de Nice Méridia.


Vous avez fait le choix de la gestion directe en 2013 pour le réseau Lignes d’Azur. Pour quelles raisons ? et quel bilan en tirez-vous ?

Avec Christian Estrosi et les élus de la Métropole Nice Côte d’Azur, nous avons été amenés depuis plusieurs années à reprendre en régie certains de nos services publics, comme la restauration scolaire ou plus récemment des parkings. Ces changements de mode de gestion ont été pensés et réfléchis pour assurer la satisfaction des usagers du service public mais aussi des agents. Nous nous efforçons de maintenir l’excellence de la qualité des services rendus aux Niçois.

En 2013, nous avons fait le choix stratégique de la régie Ligne d’Azur pour piloter directement notre réseau de transport public. La régie directe nous permet d’avoir une meilleure coordination globale des compétences de nos 1 600 agents et maitriser la continuité de ce service public pour gagner en proximité avec les usagers. Ainsi grâce à ce choix, durant le premier confinement de mars 2020, nous avons pu conserver une fréquence régulière sur notre réseau pour tous ceux qui étaient en première ligne. Nous sommes même allés plus loin en mettant en place des transports sur mesure pour déplacer nos soignants sur demande.

Le maillage de notre réseau de transport en commun est performant, ce qui confirme le succès qu’on lui connait. En effet, à la suite des mises en services successives des lignes 2 et 3 de tramway, il a été totalement revu en septembre 2019. Ainsi, durant les 4 premiers mois qui ont suivi, 26,4 millions de personnes l’ont emprunté, soit une augmentation de 13% par rapport à la même période l’année précédente.

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