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Pia Imbs

Pia Imbs

Présidente de l’Eurométropole de Strasbourg

« Répondre à l’ensemble des besoins de mobilité est le projet phare du mandat »

Régulièrement citée en exemple pour la qualité de son réseau de tramway ou sa politique cyclable, la capitale alsacienne s’est engagée dans une « révolution des mobilités » à l’échelle de son bassin de vie. Parallèlement, la collectivité prépare le déploiement d’une ZFE ambitieuse, que la présidente de l’Eurométropole s’est donné pour mission de rendre « soutenable et acceptable ».

Propos recueillis par Sandrine Garnier


Mobily-Cités : L’Eurométropole de Strasbourg s’est engagée dans une « révolution des mobilités ». Ce programme ambitieux pourra-t-il être mené au rythme annoncé ?

Pia Imbs : Ayant siégé au conseil métropolitain durant la précédente mandature, je sais que les attentes sont fortes. Nous avions travaillé sur un Grenelle des Mobilités décliné de façon concrète. Nous assumons donc d’autant plus l’offre importante que nous sommes résolus à mettre en place, avec une enveloppe de 500 M€ investis durant le mandat pour faire en sorte que chaque habitant de la métropole ait accès à une alternative à l’automobile pour ses déplacements quotidiens. Notre programme baptisé « Révolution des mobilités » représente un effort sans précédent, avec une attention portée aux plus petites communes. Nous allons développer le réseau de tramway avec trois nouvelles lignes en un seul mandat, mettre en service une ligne de BHNS… nous avons instauré il y a un an la gratuité pour les moins de 18 ans, nous développons le TàD et nous allons aménager plus de 100 km de voies cyclables. Enfin, nous préparons pour la fin 2022 la première étape du projet de RER Eurométropolitain. Le planning est serré car ce saut qualitatif accompagne le déploiement de notre ZFE, qui est la plus importante après celle de la Métropole du Grand Paris.

La métropole compte 33 communes dont la majorité ne comptent pas plus de 6000 habitants, d’où la nécessité de mettre en avant l’équité territoriale. Il y a un grand travail à mener pour que l’offre de mobilité puisse profiter au plus grand nombre.

La politique de mobilité aide à « faire territoire ». Répondre à l’ensemble des besoins de mobilité, y compris en proximité, est le projet phare du mandat. Une enquête menée en 2019 avait démontré que la mobilité était la priorité des habitants de la métropole.


Concernant la ZFE, êtes-vous confiante sur le respect du calendrier ?

Nous sommes une des premières métropoles en France à avoir fait aboutir un dispositif aussi complet concernant aussi bien les particuliers que les entreprises, et sur un périmètre aussi large. Nous avons mis en place des dispositifs collaboratifs intéressants et efficaces, comme des Comités de suivi qui associent la Région, la Collectivité européenne d’Alsace, la préfecture, les agglos voisines, les milieux économiques, l’ensemble des conseillers métropolitains et leurs groupes. Nous partageons un grand nombre d’objectifs en matière de qualité de l’air, d’évolution du parc de véhicules, des niveaux d’aides à débloquer. En tant que présidente de l’EMS, mon rôle est de rendre la ZFE soutenable et acceptable.

Le calendrier prévoit la fin des vignettes Crit’Air 3 à partir de 2025. Je tiens à préciser que la ZFE ne signifie pas la fin de la voiture, mais celle des plus polluantes et des diesel, qui émettent davantage de particules et de NOx. Nous soutenons l’achat de véhicules plus propres, à destination des particuliers et des entreprises. Même si l’EMS s’est montrée particulièrement ambitieuse dans l’application de sa ZFE, nous avons prévu de réaliser des évaluations régulières, dont deux points d’étapes importants en 2024 et en 2026.

Nous restons confiants dans l’acceptation des mesures envisagées, en grande partie parce que nous avons pris la précaution de faire précéder chaque grande étape d’une période pédagogique d’une année, durant laquelle les sanctions ne seront pas appliquées, pour faire place aux explications et à l’accompagnement. Nous avons d’ailleurs créé une Agence pour le climat ouverte à l’ensemble des habitants du bassin de vie, y compris hors métropole, et dont l’un des rôles consiste à donner des conseils personnalisés sur les alternatives en matière de mobilité, et les aides concrètes proposées pour acquérir un véhicule moins polluant. Nous avons beaucoup travaillé sur ce volet de sensibilisation du public, et nous continuons à le faire avec l’appui de la Région Grand Est. Pour ma part, je vais continuer tout au long de l’année 2022 à communiquer et faire savoir qu’il existe des interlocuteurs disponibles.


Comptez-vous également sur l’intermodalité pour encourager à l’abandon de l’autosolisme ?

Sachant que la majorité des déplacements en voiture font moins de 3 km, nous continuons à favoriser l’intermodalité. La Région y contribue, elle aussi, notamment grâce à son Plan Vélo qui s’articule et complète celui de l’Eurométropole. Notre plan vélo a pris une nouvelle dimension avec la création d’une dizaine de pistes cyclables intercommunales qui desservent la 3e couronne de l’Eurométropole. La voirie est une compétence métropolitaine, ce qui facilite grandement les choses. Nous avons également mis en place des coups de pouce à l’achat de vélos à assistance électrique, dispositif que les communes peuvent également abonder. Cette politique cyclable doit nous permettre de favoriser le report modal, notamment sur les trajets inférieurs à 5 km qui restent trop nombreux à être effectués en voiture.

En matière de politique commerciale, il existe depuis 2014 un abonnement multimodal, le PassMobilités, qui intègre l’autopartage avec Citiz.

Nous travaillons également avec les milieux économiques pour les aider à faire évoluer leurs flottes, particulièrement les utilitaires légers. Nous déployons également un réseau de bornes de charge électriques pour les voitures particulières et les utilitaires légers. Elles sont au nombre de 180 aujourd’hui et atteindront 500 points d’ici à 2025.


Vous avez également enclenché l’évolution de l’autoroute M35 en boulevard urbain. La mise en service du Contournement ouest de Strasbourg (COS) va-t-elle contribuer à résorber la congestion ?

Tout d’abord, je dois préciser que la ZFE a pour but d’améliorer la qualité de l’air. C’est pour cette raison, notamment à cause des dépassements répétés des seuils de NOx, que la France a été condamnée à plusieurs reprises par la justice européenne. La mise en service du Contournement ouest de Strasbourg, qui n’est pas concerné par la ZFE, doit permettre le report des poids lourds en transit, désormais interdits sur la M35, qui évolue en boulevard urbain. Sur cette même autoroute, nous avons aussi souhaité l’aménagement d’une voie de covoiturage. Mais nous ne disposons pas à ce jour des outils de contrôle que l’État devait mettre à notre disposition, comme les radars à lecture de plaque qui doivent également servir à assurer le contrôle du respect de la ZFE. Nous avons d’ailleurs interpellé le gouvernement à ce sujet, car faute d’outils efficaces, notre politique perdra de sa crédibilité.


Strasbourg a été pionnière dans la mise en place d’une tarification sociale, dès 2010. Vous avez l’an dernier instauré la gratuité pour les moins de 18 ans. Quel en est le premier bilan ? Comment va évoluer la tarification sur le réseau ?

La gratuité accordée aux moins de 18 ans contribue à donner aux jeunes l’envie d’utiliser les transports publics. Désormais, près de 90% des jeunes de moins de 18 ans utilisent les trams et les bus métropolitains. De plus, cette gratuité est une aide au pouvoir d’achat des ménages.

De façon générale, la fréquentation a repris de façon satisfaisante sur les lignes urbaines. Et nous allons engager avec la CTS une réflexion sur les évolutions tarifaires à partir de la rentrée.

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