Stéphane Espinasse

Stéphane Espinasse

président d’Iveco France

« L’exploitation de la data nous rapproche du pay per use »

Le traitement de l’information est indispensable pour accompagner la transition énergétique et en assurer pleinement l’efficacité. A la clé : une maîtrise accrue et un meilleur suivi des coûts d’exploitation, explique le président d’Iveco France.

Propos recueillis par Sandrine Garnier


Mobily-Cités : Le développement des énergies alternatives au diesel s’accompagne d’une utilisation croissante des données des véhicules. Pourquoi ?


Stéphane Espinasse : La transition énergétique s’accompagne d’une série d’évolutions techniques, qui accroit le besoin de conseil, aussi bien sur le suivi de la recharge électrique, que sur l’entretien ou même le financement des véhicules et des infrastructures de charge. Nous répondons aujourd’hui à ce besoin de transfert de connaissance, avec des services adaptés aux différents opérateurs de transport, groupes ou indépendants, et à la variété des typologies de missions et de territoires.

La première des choses nécessaires pour développer ces nouveaux services, ce sont les data. Nous avons mis en place une offre de service connectée baptisée Iveco On, qui permet à la fois la gestion de flotte, la maintenance prédictive, et le suivi en temps réel des véhicules. Ces fonctionnalités nous permettent de partager les informations avec notre réseau d’entretien et les services de SAV, d’améliorer la maintenance et de mieux programmer les interventions de réparation, en commandant les pièces à l’avance, ce qui réduit l’immobilisation des véhicules. Ces solutions permettent en outre de suivre en temps réel le coût d’utilisation du véhicule tout au long de sa durée de vie.


Bien utilisés, ces services peuvent donc aider les transporteurs et les AO à mieux maîtriser leurs coûts ?

Peu à peu, nous sommes capables de déterminer le coût d’utilisation d’un véhicule au plus près de la réalité, en tenant compte des spécificités liées à l’exploitation de telle ou telle ligne. C’est pourquoi nous pouvons affirmer que nous nous rapprochons d’un principe de « pay per use », avec un service personnalisé. Ces dispositifs nécessitent un travail de préparation avec le transporteur, et son accord pour la transmission des différents jeux de données.

Le potentiel de l’utilisation des data liées aux véhicules va d’ailleurs bien au-delà du périmètre des missions de transport, puisque certaines collectivités envisagent par exemple d’équiper les bus urbains de caméras destinées à la verbalisation du stationnement gênant [en dehors du contrôle des FPS, NDLR].


Iveco va adapter une partie de ses véhicules au B100. Du fait des tensions sur les prix des énergies, ce biocarburant peut-il concurrencer le GNV ?

Nous allons adapter une partie de nos véhicules au B100 pour répondre à la demande de nos clients. Nous considérons ce biocarburant comme une énergie de transition, puisque le passage à l’Euro 7 va en restreindre la pertinence à partir de 2027, avant de perdre son intérêt en 2035 avec la fin du moteur thermique.

Iveco a fait le choix de rester le plus ouvert possible, en proposant l’ensemble des énergies. La diversité de notre gamme nous permet de répondre parfaitement aux attentes des indépendants, qui devront nécessairement conserver un mix énergétique afin de gérer leurs différentes missions : transport conventionné, tourisme et occasionnel.


Le marché des bus et cars neufs marque un recul en 2022. Qu’en est-il de l’occasion ?

2021 avait été marquée par un rattrapage des commandes retardées en 2020, à cause des confinements (marché en progression de 13,5% par rapport à 2020, soit plus de 800 unités). Pour les véhicules d’occcasion, nous avons mis en place une offre de location de durée longue, qui rencontre un beau succès. Il ne s’agit pas d’une forme de LLD, mais d’une location sur 6 mois, 1 ou 2 ans, qui permet à nos clients de compléter ou renforcer leur flotte. Nous menons également une réflexion sur les packages véhicule/financement.


L’offre de rétrofit commence à prendre forme, avec différents démonstrateurs. Le Crossway est choisi comme base dans de nombreux cas. Quelle est la position d’Iveco Bus ?

Il faut préciser avant tout que la démarche de rétrofit transfère automatiquement la responsabilité du véhicule au rétrofiteur. Toutefois, nous sommes en contact avec une partie des sociétés qui se sont lancées. A ce stade, la filière en est encore à ses débuts et nous sommes en phase d’observation et d’analyse. Nous verrons d’ici quelque temps s’il y a matière à participer à ce nouvel écosystème.