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Yannick Chenevard

Yannick Chenevard

vice-président en charge de la Mobilité durable - Toulon Provence Méditerranée

« Le BHNS s’intègre dans un système global de mobilité conçu pour le territoire »

Soutenu dans le cadre du 4e appel à projets TCSP, le BHNS toulonnais vise à relier les 15 gares du territoire, avec une ligne de 26 km et plus de 50 stations. Ce projet de longue date a connu des évolutions et suscité bien des débats. Il s’inscrit à présent dans une politique globale de réduction de la place de la voiture, que détaille Yannick Chenevard, vice-président en charge de la Mobilité durable.


Propos recueillis par Sandrine Garnier


Le projet de BHNS marque-t-il une nouvelle impulsion dans la politique de mobilité de la métropole Toulon Provence Méditerranée ?

Avec 26 km de ligne dont 70% en site propre, le BHNS de Toulon s’intègre dans un système global de mobilité conçu pour le territoire toulonnais, qui est en train de se mettre en place. En raison de nos spécificités topographiques et géographiques, nous ne pouvions pas simplement adapter des solutions mises en place ailleurs.

Les 12 communes de la Métropole de Toulon forment un tissu urbain très dense, littéralement « écrasé » entre la montagne et la mer. De plus, notre territoire est très attractif, et nous devons accompagner nos concitoyens avec la mise en œuvre d’une véritable politique de mobilité durable.

La métropole de Toulon Provence Méditerranée regroupe 12 communes et 450 000 habitants, mais notre bassin de vie s’étend sur 44 communes et 650 000 habitants, au sein du département du Var qui compte 1,1 million d’habitants. 50% des kilomètres produits dans la métropole sont le fait de gens qui lui sont extérieurs. Il est donc impossible de raisonner sur les limites administratives de la métropole.


Comment ce futur BHNS va-t-il s’articuler à l’ensemble de l’offre de mobilité du territoire ?

Le BHNS fait partie d’un ensemble d’outils complémentaires qui composent le réseau de transports de la métropole. Ce réseau s’articule aux 14 gares ferroviaires implantées sur le bassin de vie toulonnais, avec une 15equi sera mise en service prochainement à proximité de l’hôpital Sainte-Musse. Nous voulons inciter les gens à prendre le train depuis les Arcs, Hyères, Solliès-Pont… et pour cela nous développons, en partenariat avec la Région, le principe d’un RER métropolitain cadencé au quart d’heure, grâce à l’arrivée de la Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur (LNPCA).

Notre 2e outil est le TCSP maritime, notre réseau de bateau-bus qui transporte 2,8 millions de voyageurs par an. Toulon est également dotée d’un téléphérique historique qui relie le centre-ville au sommet du Mont Faron, et enregistre 100 000 passages par an. Notre réseau de transports urbains Mistral transporte 33 millions de voyageurs par an avec 136 lignes, pour certaines en interconnexion avec le réseau régional ZOU !

Enfin, l’autoroute est considérée elle aussi comme un outil d’amélioration des mobilités. Dans les années 1970, les urbanistes ont fait converger deux autoroutes dans la ville de Toulon. Ces infrastructures doivent être transformées en opportunités de transformer les déplacements. Plus de 300 millions de travaux sont en cours sur l’A57, avec notamment l’aménagement d’une voie réservée aux transports en commun et d’une station connectée à la gare de Sainte-Musse.


Revenons au BHNS. La concertation publique consacrée au projet de BHNS s’est achevée fin janvier. Les échanges et les contributions sont-ils susceptibles de faire encore évoluer le projet ?

Nous avons organisé cinq réunions de concertation, au cours desquelles on nous a soumis des propositions alternatives de parcours, dont certaines pourraient être intégrées au tracé définitif. Je tiens à souligner la qualité des échanges, y compris avec les opposants au projet, favorables à la solution de tram ferré. Nous avons aussi rencontré le Conseil de Développement du territoire de la Métropole de Provence Méditerranée, les représentants de l’Université, les conseils de secteurs… au cours d’un processus riche et fructueux.


Comment l’exploitation d’une ligne de 26 km et 53 stations sera-t-elle organisée ?

En réalité, le BHNS sera composé de deux lignes de 13 km, de part et d’autre du campus universitaire de Toulon, qui deviendra le pôle d’interconnexion. La circulation automobile sera bannie de l’ensemble de la zone, sur laquelle subsisteront uniquement le TCSP, le vélo et la marche à pied. Le BHNS desservira le Campus de la Mer à La Seyne-sur-Mer, le Technopole d’Ollioules dont le développement se poursuit, les principaux pôles universitaires de Toulon, l’hôpital Sainte-Musse et le Pôle Universitaire de La Garde. Cinq haltes ferroviaires, quatre pôles d’échanges multimodaux et six parcs-relais avec covoiturage seront desservis.


Quel est le calendrier de mise en service ?

Jusqu’au 1er trimestre 2023, on planche sur le réalisable. La DUP est attendue fin 2023. L’idée est de mettre en service les six premiers kilomètres entre le Campus de Toulon et la Technopole de la Mer à la fin 2024 ou tout début 2025. Je ne peux pas vous donner de précision sur la poursuite du calendrier. Le seul horizon dont nous sommes certains est celui des six premiers kilomètres.


Nous sortons à peine de deux ans de crise sanitaire. Ne craignez-vous pas les effets pénalisants de la période des travaux ?

Nous allons travailler de façon méthodique avec l’ensemble des acteurs économiques. Le BNHS permet de réduire les dévoiements de réseaux. Il faut simplement intervenir au niveau des stations pour éviter l’orniérage. Pour le reste, les grands boulevards de Toulon sont déjà traités dans la configuration BHNS. Nous voulons faire en sorte que la population s’approprie ce projet.


Quel est le budget du projet ? Quelle est la part du matériel roulant ? Combien faudra-t-il consacrer à l’adaptation des dépôts ?

Le budget total atteint 405 millions d’euros, auquel il faut retrancher 40 millions de subvention de l’Etat obtenus dans le cadre du 4eappel à projets TCSP. 68 millions de travaux ont déjà été réalisés, il en restera donc 337.

Nous n’avons pas encore finalisé le choix du matériel roulant. On s’intéresse à beaucoup de matériels roulants, comme le Metis, avec une motorisation électrique à batterie ou à hydrogène. Le président de la Métropole, Hubert Falco, souhaite un système quasiment neutre en émissions. Nous expérimentons par ailleurs la production d’hydrogène vert à partir de biogaz sur le territoire de la Métropole.

A terme, nous aurons besoin de 25 véhicules de 24 m, mais quelques véhicules suffiront à l’ouverture de la ligne. Quant à la mise à niveau des dépôts, une assistance à maîtrise d’ouvrage est incluse dans la future DSP qui doit être attribuée prochainement. Parallèlement au projet de BHNS, nous devons nous adapter à l’élargissement du périmètre de la métropole, avec l’entrée d’une communauté de communes de 35 000 habitants. Cette extension du réseau va nous obliger à revoir le positionnement de nos dépôts.


Toulon est souvent perçue comme une ville où la voiture est reine. Cette image correspond-elle à la réalité ?

Pas du tout. En 1998, la voiture était à 63% sur le territoire. Dix ans plus tard, la part modale de la voiture individuelle était de 59% sur la métropole de Toulon, 2,8% pour les deux-roues motorisés et 5,9% pour les transports en commun, vélo et piéton à 39%.

Le PDU 2015-2025 en cours de bilan à mi-parcours fixe l’objectif de 50% de part modale pour la voiture en 2025.

L’usage de la voiture régresse, alors que le nombre de voyageurs du Réseau Mistral est passé de 18 à 33 millions entre 2002 et 2019. L’évolution de notre politique de stationnement, la multiplication des parc-relais et le soutien au covoiturage contribuent largement à cette évolution. Nous devons poursuivre sur cette tendance, car avec le développement du véhicule électrique, les problèmes à venir dans les villes seront davantage liés à la congestion routière qu’aux émissions polluantes des transports. Il faudra donc inciter nos concitoyens à laisser leur véhicule au garage. Si l’on offre une alternative attractive, sérieuse, structurée, avec un maillage suffisant et des trajets parfois plus rapides qu’en voiture, les voyageurs sont au rendez-vous.

Pour la même raison, il n’y a pas de place à Toulon pour un périphérique routier. Notre périphérique, c’est le tunnel où transitent 70 000 véhicules par jour.


Comment préparez-vous la mise en place de la ZFE ?

Nous sommes dans la phase d’étude des périmètres de la ZFE. Nous travaillons avec les services de l’Etat sur le sujet et nous serons au rendez-vous, mais il faut accompagner les étapes de mise en place de la ZFE. L’amélioration de l’offre de mobilité alternative à l’automobile doit y contribuer. Un gros travail doit être mené sur les 50% de kilomètres produits par des véhicules extérieurs au territoire, en évitant d’exclure une partie de la population. L’amélioration de la qualité de l’air est un objectif prioritaire, mais je suis persuadé que l’on ne peut pas faire le bien des gens contre leur volonté. L’évolution du parc automobile va également permettre de réduire les émissions, sans doute beaucoup plus vite que prévu.

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